Fuck America

30 Août

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La Manufacture des Abbesses a comme à son habitude décidé de faire preuve d’audace et d’originalité dans sa programmation en accueillant la compagnie du Théâtre du Rictus, laquelle se définit comme « explorant à travers de textes contemporains les mythes fondateurs de notre civilisation ». Deux pièces de cette troupe des Pays de la Loire sont ainsi à l’affiche : Asphalt Jungle de Sylvain Levey et Fuck America d’Edgar Hilsenrath, auteur connu avant tout pour avoir écrit « le nazi et le barbier ».  Bien que très différentes, ces deux spectacles semblent (j’insiste bien sur le verbe sembler puisque je n’en ai vu qu’un) avoir en commun de jouer à la fois sur la noirceur et l’humour, et d’inviter le public à se questionner sur notre époque.

Dans « Fuck America », l’on fait la connaissance de Jakob Bronsky, qui, en 1952, 13 ans après sa première demande au consulat américain pour fuir le nazisme, peut enfin quitter l’Europe pour débarquer à Ellis Island. Ayant ainsi survécu aux ghettos nazis sans jamais préciser comment – en grande partie parce qu’il cherche à occulter cette période plus que sombre –, il découvrira assez rapidement que New York ne permet pas à tous ses habitants de goûter au fameux rêve américain.

Très vite, il se désintéresse totalement de cet idéal auquel il avait pu croire lors de sa première lettre, ou même encore au moment de son arrivée, pour se concentrer sur son projet d’écriture, un roman exutoire sur la Shoah. Entre deux chapitres et lorsque son estomac crie famine ou qu’il se décide à payer le loyer de son logement spartiate, il se décide à prendre un petit boulot pour une nuit ou une semaine. Et l’on découvre rapidement qu’il ne met que peu d’ardeur à assumer les tâches qui lui sont assignées, voire qu’il les saborde plus ou moins consciemment, ce qui lui vaut bien entendu d’être renvoyé manu militari. Et lorsqu’il va jusqu’au bout et qu’il se retrouve avec un billet de plus que nécessaire, il s’offre un peu de réconfort auprès de prostituées plus mal loties encore que lui. Avant de retourner chercher du réconfort dans ces pages qu’il noircit avec passion destinées à former l’œuvre de sa vie, avec ce titre évocateur proposé par l’un de ses voisins « le branleur ».

La compagnie du Théâtre du Rictus nous entraîne dans l’univers cynique et provocateur d’Hilsenrath en adaptant ce roman à consonance autobiographique. Il y a quelque chose dans ce spectacle qui n’est pas sans rappeler l’univers de Woody Allen, en plus irrévérencieux encore. Et l’on se laisse entraîner dans les bas-fonds du New York des années 50, là où la vie a un goût âcre et où pourtant chacun continue de conserver sa part d’espoir. L’on croise ainsi une galerie de personnages hauts en couleurs et attachants qui font contrepoids à ce anti-héros désabusé. Une expérience théâtrale hors des sentiers battus qui vaut la peine d’être vécue.

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Une Réponse to “Fuck America”

  1. Cécile Certenais-montagne 3 septembre 2018 à 17:26 #

    Merci Plumechocolat pour ces retours agréables à lire et explicites ! Je les lis désormais régulièrement pour … le plaisir et aussi pour nourrir les choix de mon groupe d’amis théâtreux avec lesquels une sortie théâtrale mensuelle est organisée !

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