Gardiennes

2 Jan

gardiennes

 

A la sortie du spectacle Gardiennes, Fanny Cabon, l’auteur et l’interprète de cette pièce, est venue saluer un public trop peu nombreux et a demandé aux quelques personnes présentes ce qui les avait conduites dans cette petite salle. Une réponse a émergé presque à l’unisson : le hasard. Et une réflexion très (trop) juste de sa part : il n’y a pas de hasard. Après réflexion, je pense qu’elle avait entièrement raison : c’est bien l’envie de sortir au théâtre qui nous avait menés ce jour là à cet endroit-là. Mais le choix d’un spectacle qui parle des femmes comme le fait Gardiennes ne peut pas tenir entièrement du hasard.

Dans ce seule en scène, Fanny Cabon fait parler une dizaine de femmes de sa famille sur trois générations d’un sujet intime entre tous : celui de leur(s) maternité(s). Et plus exactement de leurs grossesses. De celles qui ont donné la vie à un enfant. Mais aussi de celles qui ont été interrompues. Souvent volontairement à une époque où ces interruptions étaient interdites. Les avortements clandestins réalisés avec des aiguilles à tricoter par les femmes de leur famille ou par les célèbres faiseuses d’anges. Réussissant à parler de ce sujet avec une justesse incroyable, l’autrice-comédienne amène le public à prendre conscience de la réalité des grossesses à répétition et des nombreuses bouches à nourrir, des décisions qui s’imposaient presque d’elles-mêmes pour les jeunes femmes non mariées, et de toutes les raisons pouvant conduire à ne pas laisser naître un enfant. Elle aborde avec la même sensibilité rare les vraies fausses couches, les drames des enfants morts-nés, les drames de l’infertilité, toutes ces questions intimes dont, aujourd’hui encore, il est souvent si difficile de parler.

A travers ces dix femmes sont également évoqués le rapport à sa féminité, la relation aux hommes bien entendu, l’envie de se réaliser en dehors de son foyer, la solidarité entre femmes, la maladresse voire parfois la rudesse du corps médical, les doutes et les espoirs, les joies et les souffrances qui semblent atemporelles et intemporelles. En entendant ces récits interprétés avec un talent exceptionnel, on ne peut qu’être touché(e) profondément par ces voix trop peu souvent entendues, ces tranches de féminité à l’état brut, offertes comme un cadeau. Et se sentir à son tour gardien(ne)s de ces vies jamais banales quelles qu’en soient les apparences. Un très grand moment de théâtre et d’émotions dont on ne ressort pas indemne, et tant mieux.

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2 Réponses vers “Gardiennes”

  1. Gardiennes 16 juillet 2019 à 00:13 #

    Bonsoir,

    Nous ne découvrons que ce soir votre post de… janvier.
    Merci pour ce retour, votre écriture qui va droit et vos mots qui nous vont droit au coeur.
    Un merci bien tardif je vous l’accorde. Mais peut-être n’aviez-vous pas dit que vous teniez un blog?
    Depuis, Gardiennes a trouvé un public chaque soir plus nombreux et Fanny a la chance (non ce n’est pas de la chance, juste des rencontres qui doivent se faire) d’afficher complet dans le OFF d’Avignon. Les professionnels, le public sont unanimes pour vanter les qualité d’écriture, de jeu et d’approche.

    Belle suite à vous.
    (Vos tweets sont un plaisir à lire )

    Fred, pour Gardiennes

    • plumechocolat 16 juillet 2019 à 00:52 #

      Bonsoir,
      je me réjouis vraiment pour le spectacle qui mérite très largement son succès. Et en effet, je n’ai pas toujours le contact pour prévenir lorsque j’écris un article, la découverte de votre compte twitter en a été l’occasion.
      Très bel Avignon et longue vie aux Gardiennes

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