L’absence de guerre

20 Jan

absence de guerre

 

L’absence de guerre nous emmène dans les arcanes d’une campagne politique, en croisant plusieurs disciplines artistiques, sous l’impulsion du collectif InVivo dont l’objet est d’explorer de nouvelles formes de spectacle vivant. Le dispositif scénique utilise donc à la fois l’espace plateau, qui est surplombé d’un écran de cinéma, un 2ème espace de jeu visible directement en fond de scène mais en quelque sorte « séparé » par un plexiglas, et les coulisses du théâtre, où les comédiens sont suivis par un caméraman en permanence, avec une retransmission en live sur l’écran sus-cité. J’avais déjà eu l’occasion d’assister à des spectacles mêlant vidéo et jeu, mais soit avec une vraie paroi séparant les acteurs du public, soit avec une caméra maniée par les comédiens eux-mêmes. Ici, le fait de vraiment garder l’interaction avec les comédiens, et d’avoir un cameraman au cœur du dispositif, en très grande cohésion avec ceux qu’ils filment, montre vraiment l’intérêt de cette recherche multidisciplinaire. Le seul « inconvénient » pour les spectateurs, si l’on peut le qualifier ainsi, est d’avoir « trop de choses » à voir, ce à quoi ils s’habituent néanmoins sans problème.

Après cette longue introduction technique, il est temps de s’immerger dans cette guerre pour le pouvoir. La pièce de David Hare, écrite au milieu des années 1990, retrace l’affrontement entre les travaillistes et les conservateurs lors des élections, en nous plongeant au cœur du QG du parti travailliste. George Jones, le leader du parti, est donné gagnant dans les sondages. Mais l’opposition va naturellement tout faire pour l’amener à se compromettre, aidée volontairement ou non (l’histoire ne le dit pas) par des confidences malheureuses venues de l’intérieur.

Pendant 2h30, l’on suit dans un suspense haletant les rebondissements de la campagne, qui, si elle est marquée par des éléments très spécifiques au système anglo-saxon, montre l’universalité de certains travers. Et apporte également un vrai questionnement sur les « vérités cachées » avant chaque échéance électorale, ces faits connus et irrémédiables mais qu’il est nécessaire de passer sous silence quel que soit son camp sous peine de gâcher toutes ces chances d’accéder au poste brigué. La figure de George Jones (magnifiquement interprété par Sidney Alli Mehelleb) illustre bien ce tiraillement permanent entre les idéaux qui animent les politiques lorsqu’ils commencent à s’engager et la dictature des apparences dès lors qu’ils commencent à gravir les échelons. L’on y voit aussi cette difficulté permanente à distinguer ses amis et ses ennemis dans chaque camp, y compris au sein de sa garde rapprochée.

Menée à un rythme aussi soutenu que celui des véritables candidats en campagne, cette « absence de guerre » non dénuée de combats intérieurs tout autant qu’extérieurs fascine autant qu’elle fait peur. La mise en scène d’Aurélie Van Den Daele nous donne vraiment l’impression d’être aux premières loges de cette course effrénée pour déstabiliser l’adversaire sans être soi-même victime des attaques de ses détracteurs. En oubliant bien évidemment ses vrais idéaux au passage. Cruel, trépidant et passionnant !

 

Plus d’infos :

Une Réponse to “L’absence de guerre”

  1. Link 21 janvier 2019 à 17:13 #

    Très bon spectacle. Je regrette simplement que le son soit trop fort. L’immersion oui, l’accouphène non.

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