Pensées sur les questions de vie et de mort

22 Mai

vautour

 

Il ne vous a sans doute pas échappé, si vous n’avez pas passé ces derniers jours dans un lieu coupé de tout réseau téléphonique et Internet, que le sort de Vincent Lambert fait l’objet de nouveaux rebondissements juridiques. Et de ce fait de nombreux articles dans les médias et de commentaires sur les réseaux sociaux. Comme tout un chacun, j’ai une opinion naturellement subjective et vraisemblablement partiale sur la solution à privilégier pour cet homme. Jusque-là, je dois aussi admettre avoir peu suivi ce cas hors normes et toutes les passions qu’il soulève à la fois au sein de sa propre famille et plus largement auprès de toutes celles et tous ceux qui estiment avoir une légitimité pour se poser en experts.

Je tiens à préciser ici que je ne revendique aucunement ici un tel titre, bien au contraire. J’observe et je réfléchis à cette situation complexe et plus ou moins inédite sur une telle durée avec un œil totalement néophyte et non éclairé, à l’instar de la plupart de celles et ceux qui la commentent plus ou moins allègrement à chaque nouveau verdict et donc particulièrement depuis environs une semaine. Je pourrais évidemment me renseigner bien plus précisément sur la chronologie des faits, les protocoles de soins adoptés et les multiples décisions et contre-décisions prises concernant les soins apportés ou non à Vincent Lambert. Mais l’objet de ma prise de parole n’est pas tant de « juger » ou tout au moins d’évaluer ce qui devrait être fait que de partager mes interrogations sur les questions très existentielles auxquelles la vie de cet homme nous renvoie tous à divers degrés.

Selon ma compréhension donc, qui n’engage personne d’autre, cet homme a reçu à l’issue de son accident en 2008 tous les soins estimés possibles et pertinents par les équipes médicales qui en avaient la responsabilité, jusqu’à établir en 2013 qu’il n’existait selon elles aucun espoir d’amélioration. Décision qui entraîne une bataille juridique encore en cours entre la femme de Vincent Lambert souhaitant laisser partir son mari et les parents et frères et sœurs s’y refusant catégoriquement. N’ayant fort heureusement pas eu à vivre 5 années telles que celles de ces personnes, j’ignore totalement comment je réagirais dans un tel cas. Aussi je trouve particulièrement dures voire pour certaines totalement abjectes les condamnations souvent sans nuance que j’ai pu lire tant à l’égard des parents que de la femme de Vincent Lambert. Constater à quel point la haine a pu s’infiltrer parmi ces personnes qui formaient auparavant une même famille ne peut que susciter regrets et/ou indignation. Savoir également que l’entourage de ces personnes se faisant certainement passer pour bien intentionné alimente certainement cette haine réciproque et désormais irrémédiable (avec des responsabilités dont on ne saura jamais si elles s’établissement à 55%/45% ou à 75%/25%) me paraît horrible. Le plus glaçant étant que l’origine de ce qui est devenu une guerre des tranchées est – au moins officiellement – l’amour que chacun ressentait envers cet homme.

Justement, la réelle question posée ici me semble précisément être celle du sens du maintien en vie de Vincent Lambert pour lui-même. Les premières cinq années de soins prodigués étaient en effet tournées vers l’espoir qu’il « reprenne vie » avec ce que chacune et chacun peut placer derrière ce retour à la vie. Beaucoup d’interrogations me viennent sur l’état de conscience réel qu’il avait alors (et l’infime possibilité qu’il ait encore aujourd’hui des bribes de conscience aujourd’hui en dépit de ce qu’en disent les médecins) et les souffrances que le cerveau peut conduire à éprouver dans les moments de lucidité – s’ils adviennent effectivement – sur une si longue période. C’est ce qui me conduit principalement à penser comme beaucoup que lorsque plus aucun espoir ne semble permis, il est sain et juste de laisser l’humain partir. Maintenir en vie des années durant une personne qui n’est plus en mesure d’aucune action autonome NI d’aucune réciprocité de relation n’est pas pour moi se montrer humain ni défendre la vie ou l’accueil de la fragilité. Je constate que les partisans du maintien en vie de Vincent Lambert pensent le contraire. Mais je ne vois pas d’humanité possible là où la relation ne peut être qu’unilatérale. Et encore moins là où aucun soignant n’a su déceler aucun espoir en désormais près de 6 ans.

Dans la lutte qui se poursuit aujourd’hui à maints renforts de tous les recours possibles et même pas imaginables possibles, je vois surtout une volonté qui me paraît bien plus lobbyiste que tournée vers l’intérêt de l’homme qui se situe au cœur de la bataille. Là encore, je ne suis pas spécialiste du droit, mais ce cas me semble trop atypique pour pouvoir fonder toute la jurisprudence en matière de fin de vie. En revanche, il révèle certainement des fractures vives dans les visions sur cette question. Ces dissensions sont normales tant le rapport à la souffrance, au handicap lourd dans la durée, et plus pragmatiquement au « jusqu’où soigner » est intime et peut évoluer entre les positions de principe exprimées et celles vécues face à la réalité des maladies. Aucune loi quelle que soit son orientation ne pourra les faire disparaître. Mais l’instrumentalisation de situations exceptionnelles ne grandira jamais personne. Et surtout pas cet homme, actuellement sur son lit d’hôpital, qui ne peut ni vivre ni mourir en paix.

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