Comédienne amatrice : intégrer une nouvelle troupe de théâtre

23 Juil

troupe

 

Cela fait déjà quelque temps que je réfléchis, en parallèle des nombreuses chroniques de spectacles publiées ici, à parler de l’autre versant de la scène, celui où l’on ne regarde plus les autres mais où l’on incarne à son tour ces personnages divers et variés, que l’on essaie de faire exister du mieux que l’on peut. J’avais évoqué il y a déjà longtemps le « comment je suis tombée dans la marmite quand j’étais adolescente »  et ce besoin désormais très ancré de régulièrement remonter sur les planches pour vibrer à nouveau de cette façon unique, étrange et pénétrante, où l’on n’est, pour un temps, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre.

Mais avant de vivre ces instants, il est bien entendu nécessaire, sauf dans le cas du seul en scène qui exige « seulement » un – ou une – metteur en scène (par facilité, le masculin sera employé par la suite pour désigner la personne en charge de la mise en scène, étant bien entendu qu’il peut s’agir indifféremment d’une femme ou d’un homme), de rejoindre une troupe pour monter un projet. Et cette étape est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Il est généralement faussement plus facile loin des « grandes villes » puisque, même s’il existe beaucoup de troupes d’amateurs en France, le choix y est généralement assez limité. La question consiste alors généralement à se demander si l’ambiance de la troupe ou de l’une des deux troupes existantes a l’air suffisamment agréable pour l’intégrer ou si l’on préfère renoncer.

Il existe toujours une 3ème option, valable quelle que soit sa situation géographique, ses envies ou son niveau d’expérience, qui est de créer sa propre troupe, mais il faut bien être conscient de l’énergie nécessaire pour constituer l’association, trouver un metteur en scène, des comédiens, un local de répétition, une salle et des dates de représentation, etc. C’est évidemment une expérience plus qu’enrichissante dès lors que l’on a la fibre pour cela et en s’assurant tout de même, sauf si l’on adore gérer l’ensemble de ces tâches, que les autres membres sont prêts à en assumer eux aussi une partie.

Dans les grandes villes, comme évoqué précédemment, le choix est logiquement plus important, voire pléthorique lorsque vous vous trouvez à proximité de Paris. Ce qui implique un nombre plus important de questions à se poser, listées ici de façon non exhaustive :

  • Tout d’abord bien évidemment, il est nécessaire que le jour, les horaires et le lieu vous conviennent, faute de quoi votre assiduité sera naturellement compromise. Et le théâtre est une activité où le manque d’assiduité ne pénalise pas que soi-même comme ce peut être le cas de certains sports (hors sports d’équipe) mais l’ensemble du groupe. De façon encore plus critique si l’atelier a pour objectif de préparer une représentation de fin d’année. Et, toujours d’un point de vue matériel, il est important de se renseigner sur le prix, soit de l’atelier si c’en est un, soit des frais liés à la location de salle et le cas échéant au recours à un metteur en scène professionnel.
  • Le deuxième point crucial est l’entente avec le metteur en scène, qu’il soit professionnel ou « amateur ». La plupart du temps, une à deux séances d’essai sont proposées avant de décider si l’on intègre ou non, ce qui permet de voir si l’on se sent à l’aise, et de surcroît de rencontrer ses futurs potentiels camarades de jeu. Ce discernement est vraiment important, parce que tous les metteurs en scène ne conviennent pas à tout le monde. Tout d’abord, ils ne sont pas tous de compétence égale à la fois en termes d’expérience, d’animation, de vision et de capacité à rebondir sur les propositions, etc. En plus de cela, ils n’ont bien évidemment pas le même caractère, et ne sont pas tous de la même « école » : ce terme jargonneux se rapporte à la façon qu’ils ont d’appréhender le travail du comédien et la mise en scène. Certains aiment ainsi pousser l’acteur dans ses retranchements façon Stanislawski avec un côté très « psychologisant » qui peut être perturbant voire anxiogène, d’autres aiment le burlesque et l’exagération, d’autres privilégient un jeu très épuré, d’autres encore vont se concentrer à l’excès sur la technique et très peu sur les émotions dégagées… Il est difficile de s’y retrouver pleinement lorsque l’on débute, mais en général, l’instinct nous guide de façon assez fiable. Il est donc important, sans faire la fine bouche, de savoir s’y fier et de ne pas hésiter, d’une part à s’entretenir par téléphone avec metteur en en scène, d’autre part à tester 2 ou 3 troupes différentes pour se faire une idée plus précise de ses choix.
  • Un troisième point très important est de savoir quel est l’objectif de l’année : la plupart des troupes montent un spectacle mais ce n’est pas le cas pour toutes. Par exemple, si vous choisissez le théâtre d’improvisation plutôt que le théâtre dit « classique » (s’appuyant sur des textes), il est probable que vous ne montiez pas sur scène dès la première année. Certains ateliers sont aussi uniquement centrés sur de l’apprentissage de techniques d’acteurs, ce qui peut être également un choix de votre part, afin soit de commencer par un apprentissage rigoureux, soit de vous perfectionner sur tel ou tel point si vous avez déjà un peu d’expérience théâtrale. Lorsque la troupe a pour but de monter un spectacle, il peut aussi vous importer, selon vos goûts, de savoir s’il s’agit de plusieurs saynètes (ce qui est très courant et que personnellement je n’apprécie pas) ou d’une œuvre complète, et, dans ce dernier cas, plutôt du registre de la comédie, du drame ou entre les deux, et également si le metteur en scène souhaite présenter un texte contemporain ou plus ancien. Il est rare, au moins dans les « cours », que la pièce soit décidée à l’avance, le choix se faisant généralement plutôt au cours du 1er trimestre en fonction du nombre de participants, mais certains ateliers ou troupes amateurs en décident par avance et adaptent a contrario le nombre de comédiens les rejoignant.
  • Cette question des participants est également à prendre en compte dans sa recherche d’une troupe de théâtre. D’abord en termes d’entente : vos camarades de jeu ne deviendront pas tous des amis, mais il est tout de même nécessaire de déceler très vite si un ou deux d’entre eux vous irritent passablement, ce qui risque de rendre l’année longue et vraisemblablement de créer des tensions larvées ou non. Bien sûr, il incombe au metteur en scène de faire au mieux pour créer une cohésion et de faire partir les vrais perturbateurs s’il en existe mais si d’emblée, vous sentez une inimitié viscérale, mieux vaut passer votre chemin. L’autre dimension relative à la troupe est celle de l’expérience. Après de nombreuses années de pratique, mon opinion est que mélanger des personnes ayant des niveaux très différents conduit généralement au ratage, par manque d’homogénéité dans les interprétations. Ce qui ne signifie pas qu’il faille cloisonner à l’excès entre débutants, confirmés et très confirmés, mais tout de même un minimum. Le « mélange » de tous les niveaux conduit en plus généralement à la frustration des personnes ayant plus de pratique, qui se retrouvent souvent à stagner parce que le metteur en scène passe plus de temps à former les débutants et moins à les pousser vers le haut puisqu’ils arrivent à atteindre la justesse attendue assez rapidement. De fait, il faut bien être conscient que plus les années passeront, plus il vous sera difficile de trouver des troupes correspondant à votre souhait de progresser, le circuit semi-professionnel étant un peu plus réduit.
  • Enfin, si cela a déjà été abordé en filigrane, vous aurez à vous demander à quel engagement vous êtes prêts. Parce qu’au-delà du calendrier officiel de répétition, qui de fait est plus ou moins dense d’une troupe à l’autre, il faut compter du temps pour apprendre son texte et pour d’éventuelles répétitions intermédiaires avec les autres sur une ou plusieurs scènes, en plus du temps personnel pour construire votre personnage. Monter sur scène est un plaisir unique, mais avant de brûler les planches, il faut être conscient de tout le travail de préparation pour ces quelques trop rares moments. D’ailleurs, à ce propos, ma recommandation est d’éviter les troupes ne proposant qu’une seule représentation, c’est vraiment extrêmement frustrant. Il n’y a pas de « chiffre idéal » en la matière, mais 3 matinées ou soirées paraissent vraiment un minimum. Pour autant, si le fait de jouer de multiples fois est toujours passionnant, il faut aussi être vigilant à la possibilité d’assurer à chaque fois : si des prolongations sont envisagées dans des festivals ou assez tôt en semaine, vous ne serez pas forcément disponible et pénaliserez là encore tout le groupe, ce qui appelle à une transparence sur ce que vous êtes prêt à assumer (il est possible que dans de tels cas, des alternances soient possibles pour certains rôles, mais le metteur en scène doit le savoir préalablement pour organiser la distribution).

Il existe très certainement d’autres dimensions à considérer lorsque l’on souhaite débuter le théâtre ou changer de troupe, mais si vous avez déjà répondu à toutes celles listées ici, le risque « d’erreur » est relativement limité. Bon choix et bon amusement !

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