Edmond

11 Août

Edmond

 

Il est assez étrange de s’exprimer sur une pièce dont tout le monde ou presque, de Tourcoing à Marseille, connaît l’existence, et pour laquelle plus de 800 000 billets ont été vendus depuis sa création en 2016. A ce succès public rare au théâtre s’ajoute la reconnaissance des professionnels, puisque Edmond a reçu 5 Molières, certainement pour sa capacité à exalter les 5 sens des spectateurs. Autant annoncer d’emblée, donc, que j’aurais parfaitement pu me dispenser d’écrire ce que vous savez déjà – soit pour faire partie de ceux qui sont allés découvrir la pièce, soit pour avoir vu, lu ou entendu un reportage, un article ou une émission à son sujet – à savoir qu’elle mérite cette aventure incroyable qui dure depuis trois ans.

Vous pourrez également vous étonner qu’une spectatrice-blogueuse « aguerrie », osant régulièrement partir à la découverte des créations de troupes inconnues dans des petites salles presque cachées, qui a en plus vu et adoré toutes les autres pièces d’Alexis Michalik, puisse laisser 800 000 billets se vendre avant de se décider à en acquérir un à son tour, et cela alors même qu’elle sait qu’ils sont tous gagnants. C’est que, parfois, les spectatrices-blogueuses aguerries ont aussi leurs paradoxes face au succès et attendent le moment où, en plein été, face à la drastique raréfaction de l’offre théâtrale parisienne, l’option « Edmond » devient l’une des seules sérieusement envisageables.

Ne vous méprenez pas, je n’avais aucun doute sur la qualité du spectacle et le fait que j’allais en ressortir enchantée. Comme dit précédemment, j’ai eu le bonheur de voir toutes les pièces d’Alexis Michalik, chacune confirmant un peu plus son talent et sa capacité à embarquer le public quel qu’il soit dans des univers aussi divers qu’envoûtants. Et je n’ai pas réellement tout à fait attendu 3 ans pour m’intéresser à ce succès hors normes puisque j’ai lu le texte il y a déjà un petit bout de temps, me créant mon propre imaginaire avant de découvrir l’œuvre mise en scène. J’attendais simplement la bonne occasion pour réserver enfin mon billet, et il était certainement inscrit quelque part que ce devait être à l’été 2019.

Après cette très longue digression, il est temps d’en venir enfin au vif de l’histoire et de l’interprétation. Comme le titre l’indique et que vous le savez certainement déjà depuis longtemps, Emond raconte la genèse fantasmée de l’écriture de Cyrano de Bergerac par le sieur Rostand durant l’année 1897. Poète au talent incontestable mais dont les écrits de théâtre ne font pas déplacer des foules immenses (en tout cas pas 800 000 personnes), Edmond Rostand se voit offrir l’opportunité par son ami Coquelin d’écrire une nouvelle pièce. Avec comme contrainte et non des moindres, d’arriver à la fin en moins d’une semaine. Cherchant à aider son ami l’acteur Léo Volny amoureux d’une habilleuse, il va trouver l’inspiration en jouant lui-même la scène au balcon, soufflant à l’oreille de Léo ses vers pour l’aider à conquérir sa belle, et trouver ainsi à la fois le cœur de l’intrigue de Cyrano et sa muse… ce qui n’ira pas bien sûr sans éveiller les soupçons de sa femme Rosemonde.

Durant près de deux heures, cette troupe désormais plus que rodée (avec une double distribution) nous régale de ce processus de création, avec changements de décors à vue d’une efficacité plus redoutable encore que les mises en scène de Feydeau les plus millimétrées (ledit Feydeau faisant d’ailleurs au passage partie des personnages de la pièce). L’on assiste évidemment avec ravissement à la genèse de cette célibrissime œuvre qu’est Cyrano de Bergerac, dont l’on a bien sûr au passage le plaisir de réentendre quelques célèbres extraits dont la fameuse tirade du nez. La fraîcheur, l’inventivité, le professionnalisme des comédiens et la mise en abime du théâtre dans le théâtre sont autant d’ingrédients pour une réussite difficile à égaler… et qui donne bien sûr très envie de voir Alexis Michalik écrire encore un nouveau chef d’œuvre.

Plus d’infos :

  • Edmond, jusqu’au 31 décembre 2019 (a minima), du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h
  • Théâtre du Palais-Royal, 38 rue Montpensier, 75001 Paris
  • https://theatrepalaisroyal.com/edmond/

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