Ultragirl contre Schopenhauer

17 Juil

ultragirl

 

L’année 2020 restera forcément unique dans l’histoire en général, et dans celle du spectacle vivant encore davantage. Ayant commencé très difficilement avec les grèves des transports qui ont freiné plus d’un spectateur, elle a subi un coup d’arrêt inédit avec l’épidémie de Covid, dont, rappelons-le, nous sommes encore loin d’être sortis. Avec les mesures de distanciation et l’annulation des festivals, l’on s’attendait à ne plus pouvoir retrouver le plaisir immense de voir des comédiens sur scène avant septembre. Et par bonheur, les « petites salles » peuvent désormais rouvrir. Tout en préservant la santé des spectateurs, ce qui me tient tout autant à cœur que la joie de retourner dans les salles, avec des sièges vides entre chaque groupe et l’obligation de porter le masque (que j’encourage tous les inconscients et relativistes à respecter). C’est ainsi que j’ai eu le bonheur d’assister cette semaine, dans le cadre d’un « mini » festival organisé par le Théâtre 14, à l’une des 3 représentations d’Ultragirl contre Schopenhauer.

Malgré les nombreuses captations disponibles pendant le confinement, retrouver le lieu physique du théâtre, c’est déjà forcément énormément d’émotion. Récupérer son billet au comptoir, prendre place dans les gradins, admirer le décor, sentir l’atmosphère et l’ambiance dans le public, et voir enfin apparaître les comédiens. Pouvoir les contempler comme on le souhaite et pas sous l’angle choisi par la caméra, entendre vraiment leurs voix vibrer, toutes ces sensations qui font la magie du théâtre et dont cette période d’arrêt total aura permis de mieux prendre conscience.

Mais après toutes ces digressions, il est temps de rendre hommage à cette création en elle-même, écrite et mise en scène par Cédric Roulliat, dont on sent, à travers le sens de l’esthétique, son passé (et toujours présent) de photographe. Il nous transporte dans l’univers des années 1970-1980, dans la tête d’Edwige, jeune traductrice en quête d’elle-même, qui se construit en référence aussi bien aux super-héroïnes des comics américains, et surtout à la fameuse « ultragirl » dont il est question dans le titre, qu’aux intellectuels de renom, de la nouvelle vague à Schopenhauer.

Rêvant d’amour tout autant que d’émancipation, d’aventure tout autant que de confort électroménager, Edwige (interprétée par la très féminine et mystérieuse Sarah Daugreilh) nous emmène dans son univers, retraçant son enfance, ses émois adolescents et sa rencontre à l’université avec son prof d’anglais qui guidera la quête de s féminité. Mais surtout, elle vit littéralement une colocation intellectuelle avec la très déterminée et affirmée Ultragirl (Laure Giappiconi, qui campe excellemment cette figure emblématique de super-woman au caractère bien trempé), chacune bousculant l’autre pour notre plus grand bonheur. Dans cet univers, les hommes (tous interprétés par David Bescond) ont toujours le statut de visiteurs, attendus mais pour un temps seulement, laissant toujours Edwige revenir à son univers feutré d’indépendance. Un joli moment qui permet de poser des interrogations, des réflexions, des débats, et qui nous enchante, faisant revivre la nostalgie de cette période faussement désuète et de nos (plus) jeunes années. Intelligent, poétique et assurément dynamique.

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