Nos vies foutraques

25 Sep

A une période où les réseaux sociaux ne cessent de gagner en influence, il est de bon ton de mettre sa vie en scène, avec des photos sur Instagram de moments heureux parfaitement cadrés ou rognés pour ne pas laisser apparaître le petit détail du lieu de villégiature qui trahirait que le village de bord de mer choisi n’est pas à la hauteur des plus belles plages de Guadeloupe, ou des portraits pris du meilleur angle avec le filtre ou la retouche peau de pêche, des grandes leçons sur le rebond professionnel sur LinkedIn, des posts sur Facebook témoignant de nos magnifiques avancées sur tous les plans, et des tweets avec le juste dosage de causticité et d’optimisme, ou encore des montages sur tik tok, des essais de vidéo à la pointe de l’originalité sur Youtube, des stories sur snapchat, etc.

Toute cette mise en scène demande un peu voire énormément de temps selon le nombre de réseaux investis, des savoir-faire techniques également pour nombre de ces réseaux, du talent et de la créativité pour procéder à un habile « storytelling » de sa vie, et certainement d’autres prérequis ou compétences que j’oublie de lister ici. Nous sommes ainsi très nombreux à chercher à donner une bonne apparence de nous-mêmes, pour des raisons pouvant aller du besoin légitime de reconnaissance ou de « se vendre » lorsque nous utilisons les réseaux professionnels en quête d’un nouvel emploi ou de clients à de la pure valorisation narcissique. Comportements que nous adoptons naturellement aussi hors de la « toile », la volonté de paraître à son avantage n’ayant bien sûr pas attendu Marc Zuckerberg, Jack Dorsey ou Zhang Yiming pour se développer, en témoignent déjà les peintures et écrits hérités des siècles passés.

Mais derrière ces nouveaux espaces d’expression se joue réellement une scénarisation à outrance de nos existences dont il y a lieu de se demander si elle ne nous dessert pas plus qu’elle ne peut potentiellement nous apporter de retombées positives. Parce que certes, il est toujours agréable d’être apprécié et plus encore admiré pour les mille projets que nous menons, pour nos réussites personnelles et professionnelles, pour notre look à la fois tendance et légèrement décalé, pour nos familles de catalogues, pour nos voyages inoubliables, pour nos presque nominations à tel ou tel prix prestigieux et j’en passe pour vous épargner un long et soporifique exposé digne des pires cérémonies des césars.

Pour autant, cette mise en avant systématique du caractère exceptionnel de nos vies, réel ou supposé, nous expose à deux grands écueils (et peut-être d’autres auxquels je ne pense pas spontanément, je vous laisse donc le soin de compléter le cas échéant). Le premier est bien entendu celui de la vraisemblance : à trop forcer le trait sur notre peau parfaite, nos enfants toujours sages et premiers de classe, le sauvetage de 2 associations et trois entreprises grâce à notre intervention, et notre millier d’amis fidèles, nous perdons vite toute crédibilité auprès de nos contacts ou followers. Le deuxième et le plus problématique s’incarne dans les obstacles créés par ce joli masque d’épanouissement et d’exemplarité à l’authenticité de nos relations.

Parce que oui, la vie est imparfaite, elle est composée d’une alternance de moments de joie intense qu’il ne faut bien sûr ni bouder ni taire, de journées plan-plan en mode métro-boulot-dodo et de jours de doutes ou d’épreuves à surmonter. J’aime à la qualifier de « délicieusement foutraque », comme l’annonçait le titre de ce billet d’humeur. Et c’est bien cette alternance de sérénité et de stress, de succès attendus ou pas et d’échecs que l’on ne surmonte que lentement, de belles amitiés et de rencontres néfastes qui rend nos existences à la fois complexes et réellement intéressantes.

Comme la plupart des gens, j’aime montrer ce qui me valorise, je tente aussi de ne pas seulement prôner mais aussi de pratiquer l’optimisme. Et dans le même temps, j’ai noté que, en face à face comme sur le web, lorsque je me reconnais faillible et démunie que je reçois les plus belles preuves de soutien, que mon entourage plus ou moins proche se confie également. De même que j’apprécie particulièrement de pouvoir être à l’écoute des questionnements de ce même entourage plus ou moins proche. Parfois, je ne peux rien apporter d’autre, mais j’essaie au moins d’apporter cette oreille attentive et d’être digne de la confiance qui m’est accordée. A la mesure de ce que je reçois de la part de celles et ceux qui ont été là, une fois, dix fois, cent fois, pour se réjouir de les avancées tout autant que tendre un mouchoir les jours de larmes. Pour tous ces moments uniques vécus en étant dans la sincérité, en partageant mes jours de bonheur sans les enjoliver et en acceptant d’avoir besoin d’aide face aux aléas plus difficiles de l’existence, je ne saurais que trop recommander d’assumer l’entièreté de ce que l’on vit sans calcul. Parce que plus on est de fous à y faire face, moins l’on a le trac.   

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