Lettre aux femmes courageuses

8 Mar

Chères femmes courageuses,

Je voulais vous dire, en cette journée particulière où l’on célèbre votre courage, tout autant que l’on réalise qu’aussi admirable qu’il soit, il va en falloir encore beaucoup pour que « les femmes » obtiennent le même respect et les mêmes libertés que les hommes, que je vous admire. Vous qui avez été au premier rang des luttes pour l’éducation des filles, pour le droit de vote des femmes, contre l’exploitation, contre le mariage forcé, pour le respect des choix de vie au péril de votre vie ou au prix de l’enfermement. Vous aussi qui les avez menées à votre échelle, discrètement, et qui avez permis peut-être à une seule fille de devenir une femme épanouie ou à une seule femme de sortir d’un carcan intenable, ou à 2 ou à 10, vous méritez que l’on vous rende hommage.   

Comme beaucoup de femmes, comme sans doute encore plus d’hommes, j’ai mis du temps à réaliser à quel point vous avez eu, vous avez, et vous aurez un rôle fondamental pour façonner un monde plus juste et de ce fait plus beau. Par culture en partie, par habitude aussi, par facilité beaucoup, par aveuglement certainement, j’ai mis du temps à vous voir. Parce que j’appréhendais mal votre engagement. Je vous voyais automatiquement comme représentant un « féminisme » auquel je ne m’identifiais pas. Alors que d’une part il y a certainement finalement autant de « féminismes » que de femmes engagées. Et que d’autre part, il est normal de ne pas être toutes d’accord sur les droits que l’on souhaite défendre et sur les moyens pour y parvenir. A l’image de l’humanité, les femmes sont diverses et c’est ce qui fait leur richesse. Pour autant, vous avez voulu obtenir ce que l’on vous refusait à vous, à vos mères, à vos sœurs, à vos filles, à vos amies, à vos concitoyennes (de village / de ville, de région, de pays, de continent, du monde) au seul motif que vous ou elles sont des femmes. Vous avez refusé de subir. Et toutes et tous dans le monde, nous devons vous remercier de nous montrer cette voie si nécessaire, celle du refus de se plier à une injustice manifeste et infondée.

Grâce à vous, des femmes ont enfin pu disposer de leur corps, ce qui bien entendu aurait dû être le cas de tout temps, et qui de façon aussi inexplicable que scandaleuse, ne l’a pas été et ne l’est toujours pas pour nombre d’entre elles, excisées, « données » ou vendues à des hommes inconnus, contraintes à procréer avec ces mêmes hommes, sommées de se taire lorsqu’elles sont violées, entre autres appropriations de leur chair tout autant que de leur esprit. Grâce à vous, des filles ont appris à lire et à écrire, des femmes ont pu faire des études supérieures et accéder à tous types d’emplois dans tous les secteurs ou presque à tous les niveaux de la hiérarchie, même s’il reste beaucoup à faire pour que cet accès leur soit aussi facile qu’aux hommes.  Grâce à vous, des violences ont été évitées ou stoppées. Grâce à vous, des crimes ont été dénoncées. Grâce à vous, des femmes ont pu s’exprimer, voter, voyager (à plusieurs ou seules), voir leur œuvre littéraire ou artistique reconnue. Grâce à vous, des regards ont changé, des comportements se sont modifiés, la société a cessé de garder les femmes cachées.

Je suis une femme ordinaire, avec ses opinions ambivalentes sur la place des femmes, tantôt indifférentes tantôt militantes. Une femme qui n’a pas toujours su dire son désaccord avec des propos ou attitudes clairement sexistes, qui parfois a réussi quand même, un peu tremblante mais fière d’avoir marqué son opposition. Une femme qui a profité des droits acquis pour elle par d’autres sans toujours faire de son mieux pour en être digne ou continuer à les conquérir. Une femme qui a tenté de défendre certains principes du bout des lèvres. Qui a souvent compris à rebours comment elle aurait pu mieux faire. Une femme qui trouve que le principe de sororité c’est beau, mais qui a souvent fait l’expérience que les femmes sont des louves pour les femmes et craint un peu l’eau froide. Une femme qui a appris à changer d’avis face aux faits hélas accomplis. Et qui, petit à petit, espère trouver le courage de rendre la vie d’une autre meilleure. Ou deux. Ou plus.

En cette journée particulière, j’ai envie de me réjouir d’être là, grâce à toutes celles qui m’ont précédé. Qui ont éduqué leurs filles et fils, leurs nièces et neveux, leurs sœurs, leurs mères, leurs pères, leurs conjoints, leurs ami.e.s et celles et ceux des autres au respect. Et de leur dire qu’une femme ordinaire espère un jour être digne de ce qu’elles lui ont apporté.   

Sororitairement leur.

Plumechocolat

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

rienaredire

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Étale Ta Culture !

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

%d blogueurs aiment cette page :