Lettre d’une Parisienne de toujours à Paris

24 Déc

Cher Paris,

Tu étais là bien avant moi, ayant traversé les siècles, d’abord sans identité réellement reconnue puis en tant que Lutetia, avant de devenir la cité des Parisii et de finalement être rebaptisé sous ton nom actuel, simple et élégant. Tu as donc vu naître, arriver en cours de vie, partir ou repartir et hélas mourir bien des personnes qui se sont attachées à toi, ont adoré te détester, ou ne t’ont vu que comme un lieu de vie comme un autre, en leur offrant ce que tu étais et ce que tu es aujourd’hui, les laissant libres de t’apprécier ou pas, d’explorer tes sentes, tes ruelles, tes avenues, tes bâtiments qui eux aussi ont beaucoup évolué au cours du temps, même si l’arrivée des immeubles Haussmann a réellement façonné ton architecture.

Je sais donc n’être qu’une Parisienne parmi d’autres, là où toi, tu es le lieu où je suis née, où j’ai fait mes premiers pas, où j’ai appris à lire et à faire du patin à roulettes, où j’ai passé mon bac et poursuivi mes études, où j’ai fait mon premier stage et obtenu mon premier emploi. J’ai emprunté tes bus dès l’enfance, qui n’étaient déjà plus à plateforme, j’ai été émerveillée devant les escaliers mécaniques de ton métropolitain, j’ai admiré ta tour Eiffel, tout en attendant presque l’âge adulte pour enfin te regarder depuis le haut de son deuxième étage, en bonne Parisienne justement qui ne visite pas les « classiques » touristiques, enfin du moins pas tous.

Jusqu’à l’âge adulte, et même un peu au-delà, j’avoue, et tu le sais déjà d’ailleurs, que je ne te connaissais que superficiellement, ne sortant pas régulièrement de « mon quartier », qui avait en plus le mérite d’être calme et agréable. Et puis m’est venu un jour un « déclic », une envie d’explorer toutes tes potentialités, de me promener dans tes différents espaces, de m’imprégner de l’ambiance grouillante et électrique des Halles et du charme des petites rues attenantes du Marais, de te voir sous ton côté nature aux Buttes Chaumont ou sur la promenade plantée, de passer des heures à la Fnac des Ternes pour compléter ma collection de CDs et livres à l’époque où Internet était encore balbutiant, de me perdre au sens premier du terme dans les rues du 15ème arrondissement où mon sens de l’orientation est mis à mal plus que partout ailleurs, de me sentir du côté du savoir et des grands humains en tournant autour de la Sorbonne, de la rue d’Ulm et du Panthéon, d’admirer tes galeries place des Vosges, de me muscler les jambes dans tes escaliers à Montmartre, de me laisser charmer par le côté village du 14ème côté Didot et Plaisance,  de remonter le temps en m’aventurant dans tes passages couverts, de me croire dans un train fantôme en prenant la ligne 3bis à Saint-Fargeau, de déguster une glace Berthillon sur l’Ile Saint-Louis, de boire raisonnablement dans les bars de République, et puis, là où certains accrochent des verrous sur le Pont des Arts, d’avoir un vrai coup de foudre inexpliqué et inexplicable pour le pont de la Tournelle, celui d’où j’aime le plus contempler les couchers de soleil sur toi.

Les années passant, donc, j’ai parcouru tes rues, tes stations de métro, appris à te connaître de plus en plus intimement, même s’il y aura toujours une part insaisissable de toi, car, bien que te laissant découvrir, tu es changeant et tu tiens à garder au moins une part de ton mystère. Tu sais que même celles et ceux qui te connaissent le mieux ne savent pas tout de toi, qu’ils se gardent aussi de tout partager de ce qu’ils ont appris de toi, qu’ils tiennent à garder certains des secrets auxquels tu leur as permis l’accès. Je pense en faire partie, de ces privilégié.e.s qui te connaissent un peu mieux que les autres, en ayant néanmoins conscience qu’ils sont très loin d’avoir exploré la face immergée de l’iceberg que tu te plais à faire semblant d’être. Parce que, tu as beau avoir mauvaise réputation, être considérée comme habitée et parcourue par des gens pressés, stressés et mal aimables, parfois perçue comme « sale et saccagée », tu es en réalité loin d’être ce bloc de glace ou ce coq méprisant que décrivent tes détracteurs. Mais il est possible que cette réputation t’arrange, d’une manière ou d’une autre, qu’elle te dispense de courbettes et de salamalecs pour redorer ton image, qu’elle te permette de vivre ta vie sans souci du qu’en dira-t-on.  

Je suis heureuse d’avoir traversé un petit morceau de ton histoire, et j’espère continuer à sillonner tes rues, tes théâtres bien évidemment, tes faces cachées et celles qui te font briller, à pouvoir te défendre, toi et les Parisiennes et Parisiens avec, des critiques de mauvaise foi, à faire avec tes petits défauts, en sachant que tu es bien une « ville lumière », n’en déplaise à celles et ceux qui ne savent pas te regarder.  Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres que tu connais et qui nous appartiennent, je suis fière de pouvoir te le redire, comme si souvent : Paris je t’aime !

Plumechocolat

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