Les gentils ne l’emportent pas au paradis

24 Fév

Il est souvent de coutume de dire, lorsque l’on observe un individu très enclin à nuire à ses prochains et prochaines ou l’auteur d’un acte malveillant, qu’il « ne l’emportera pas au paradis ». Ce qui, au-delà du débat potentiellement passionnel sur la possibilité de l’existence d’un paradis extra-terrestre quelque part sur une galaxie hors des galaxies, m’a souvent amené à réfléchir sur la réalité de l’assertion.

Comme tout le monde, j’ai été bercée d’histoires de princes héroïques qui combattent des monstres pour sauver des jeunes femmes innocentes et célibataires et se découvrir par miracle des affinités insoupçonnées les incitant à unir leurs destins pour vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Et de sorciers ou de méchantes belles-mères dont les plans machiavéliques se retournaient contre eux en les condamnant à sept éternités de malheur. Même Barbe-Bleue, après s’être tâché les mains du sang de ses épouses, se voit appliquer la loi du talion et subit le même cruel destin que feues ses épouses.

Seulement, si l’on regarde la réalité autrement que par le miroir de la marâtre de Blanche-Neige, l’on s’aperçoit bien que le bât blesse et que les méchants n’ont pas « ce qu’ils méritent », tandis que très (trop) souvent, les gentils récoltent ce qu’ils ne méritent pas, sans avoir semé ni vent ni tempête, mais uniquement des graines de bienveillance qui n’ont pas permis de faire grandir un futur baobab millénaire. En revanche, ils ont pu être victimes d’êtres méchants, bêtes, cyniques ou les trois à la fois, n’ayant lésiné sur aucun moyen pour atteindre leurs objectifs de pouvoir ou leur plaisir à détruire celles et ceux dont la tête ne leur revient pas, sauf servie sur un plateau à la manière de Jean-Baptiste à Salomé.

Dans la vraie vie, les dictateurs sont puissants, les personnes violentes font peur et pour beaucoup terrorisent leur entourage, les escrocs ne sont pas forcément démasqués et, s’ils sont anciennement élus, échappent plus facilement que d’autres aux condamnations. Et puis les petits chefs perturbent le quotidien de leurs équipes, les égoïstes se fichent du bonheur de leur conjoint.e, les faux amis trahissent sans sourciller, les ambitieux sans éthique écrasent sans scrupules. Et le succès de leurs actions néfastes peut certes finir par arriver à une limite, mais, et c’est finalement très fréquent, il peut aussi ne jamais se démentir, a fortiori lorsqu’elles sont douées pour la méchanceté (ce qui, il faut bien le reconnaître, peut être un réel talent).

Voyant les gains potentiels de se défaire de ses « bons principes » éducatifs ou de ses valeurs humanistes, la tentation peut être grande d’entamer une carrière de gangster des trottoirs, des salles de réunion ou du faux amour. Tout autant pour éprouver la sensation galvanisante de marcher sur les pieds des autres que pour prendre un maximum sans attendre de pouvoir faire tourner la roue de la fortune de son côté. Sauter ce pas pourrait même relever de la rationalité, bien davantage que rester à la quête d’un absolu humaniste pouvant paraître candide. Et pourtant, en dépit de tous les avantages à faire fi du bien d’autrui, il est un bien précieux que les gentils possèdent, et qui, malgré toutes les portes qu’ils peuvent se voir claquer violemment au visage, reste la plus grande des richesses : la fierté de pouvoir se regarder tous les jours dans le miroir en se disant que l’on apporte du bien à ce monde qui en a tant besoin.    

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