Roman(s) national

3 Avr

Alors que la campagne électorale pour la très très prochaine élection présidentielle en France n’a eu de cesse que de décevoir mon aspiration à voir enfin émerger un candidat ou une candidate réhabilitant la noblesse de la politique en remettant le bien commun au centre de son programme et de ses réflexions, j’ai décidé d’aller explorer la politique autrement avec Roman(s) national. Cette création audacieuse du Birgit Ensemble invite son public à réfléchir aux institutions et à leur fonctionnement, et interroge précisément les motivations et les comportements de plus en plus égocentrés de celles et ceux qui briguent aujourd’hui la fonction suprême.

Je ne ferai pas la genèse complète des multiples facteurs qui m’ont conduite au Théâtre de la Tempête trois jours avant la dernière représentation de ce spectacle dont je n’avais absolument pas entendu parler par quiconque. Mais ils ne tiennent sans doute pas entièrement au hasard. D’abord parce que les théâtres de la Cartoucherie ont généralement une excellente programmation, qui s’accorde bien avec la magie de ce lieu improbable niché au cœur du bois de Vincennes, que l’on atteint à l’issue d’un voyage improbable. Ensuite parce que foncièrement, j’adore que l’on parle à mon âme de citoyenne et que l’on alimente ma réflexion. Et puis, il faut le dire, la bande annonce était superbement réalisée et a achevé de me convaincre qu’il fallait que je découvre ce (ces ?) roman(s) national. Et je suis ressortie de ces 2h30 passées beaucoup trop vite encore plus enthousiaste que j’y étais entrée. Avec l’envie de crier partout que je venais de me prendre une sacrée putain (mes excuses pour le terme) de méga leçon de génie scénique et intellectuel et que purée (pardon bis repetita) qu’est-ce que ça peut faire du bien.

Cette phrase devrait se suffire à elle seule puisqu’elle dit réellement mon ressenti. Cela étant dit, vu le travail réalisé par cette magnifique troupe, il me semble indispensable d’en dire un peu plus. Le spectacle met donc en scène l’entre-deux tours d’une campagne présidentielle express, qui se tient à l’issue du décès surprise du président en place. Paul Chazelle, ancien joueur d’escrime élu maire de Châteauroux, est le candidat du parti endeuillé, situé à droite, et doit affronter une rude opposante à gauche, elle aussi fine stratège. Le public se trouve plongé dans le QG de campagne de Paul Chazelle (Pierre Duprat), situé dans l’ancien musée de l’Homme, cadre qui va se révéler propice à des phénomènes étranges.  

Les évènements des 2 semaines précédant le vote final sont retracés par Moïra (faussement naïve Anna Fournier), jeune intermittente précaire embauchée comme monteuse et consciente de l’opportunité de ce contrat. C’est donc elle qui introduit et fait vivre l’équipe de campagne, et d’abord la garde rapprochée, à savoir Solal Gauthier le directeur de cabinet et ami de toujours (campé en mode taciturne par Antonin Fadinard), Balthazar Balzan, cousin de Paul délicieusement caustique et moins candide qu’il n’y paraît (admirable et sautillant Loïc Riewer) et Frédérique Sidi-Dumas qui écrit ses discours depuis toujours entre deux romans (avec une prestation hyper-réaliste de Pauline Deshons). La sécurité des lieux et de Paul est assurée par l’énergique et efficace Jeanne Lombard (très subtile Marie Sambourg) et celle des ordinateurs du parti par le brillant informaticien Emile Carroi, vrai soutien loyal qui verra pourtant ses convictions envers Paul vaciller (Lazare Herson-Macarel). Deux autres « grandes femmes » de la campagne complètent l’équipe : Madeleine Chazelle, future première dame (Morgane Nairaud) et Ava Breban, cheffe de parti (à l’autoritarisme parfaitement campé par Eléonore Arnaud).

Au cours de ces journées cruciales, où prises de position audacieuses de l’opposition et évènements imprévus sur la territoire s’enchaînent, Paul va progressivement voir son état se dégrader, entre malaises impromptus et hallucinations inquiétantes face aux totems et crânes présents dans ce lieu atypique. La mise en scène précise de Julie Bertin et Jade Herbelot de cette dernière ligne droite force l’admiration par la rigueur des personnages, le réalisme des rebondissements et l’attention portée à tous les détails dans le texte, du vocabulaire informatique au « wording » des prises de paroles. Les comédiennes et comédiens sont d’une justesse rare et l’on doit particulièrement saluer la prestation de Pierre Duprat qui incarne ce basculement vers une forme de folie avec un naturel presque désarmant. Cette précision contraste d’autant plus avec le choix du birgit ensemble de faire s’entremêler les genres de la politique-fiction et du roman d’anticipation, mélange aussi audacieux que réussi. Et, afin de ne pas répéter mes propos tout aussi familiers qu’enthousiastes, je dirais que les applaudissements nourris sont à la hauteur de la générosité de cette troupe, plus qu’amplement mérités. Je ne peux que leur souhaiter de nouvelles dates ailleurs.

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