Lettre au sommeil

28 Mai

Cher sommeil,

D’aussi loin que je me souvienne, toi et moi avons toujours eu un rapport de type « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis ». Cela a commencé dès que j’ai su lire, peut-être même avant, ma mémoire à ce sujet est floue, et que j’ai appris à feindre ou tout du moins à exagérer ma peur du noir afin de bénéficier d’une source de lumière me permettant de dévorer les ouvrages de la bibliothèque rose, puis ceux de la comtesse de Ségur et bien d’autres encore ensuite au lieu de sagement me coucher comme naturellement attendu par mes parents. Je n’ai d’ailleurs jamais su s’ils étaient dupes de mon stratagème et de mes faux endormissements lorsqu’ils entrebâillaient la porte pour voir si j’étais bien assoupie, toujours est-il que j’ai commencé très tôt à ne pas respecter les prescriptions relatives au temps à passer en ta compagnie. Et je continue encore à l’instant T, plaçant mon envie d’écrire avant l’écoute de mes paupières qui se ferment et de mes baîllements à répétition, alors même que la célèbre minuit ne va pas tarder à sonner (mais ne disposant volontairement pas d’horloge à coucou, je pourrai me permettre de ne pas entendre l’appel à rejoindre l’oreiller)

Evidemment, toi et ton fidèle Morphée avez aussi vos astuces, et vous n’avez pas été en reste, me rattrapant et me clouant au lit lorsque vous jugiez que j’avais vraiment trop dérogé au pacte que vous avez imposé à l’ensemble de l’humanité et même plus largement des êtres vivants quels qu’ils soient. Je dois admettre que vous disposez tous les deux d’armes très efficaces, du petit coup de barre à l’épuisement post-partiels ou post-mission au travail en passant par la micro-sieste qui comme par magie se transforme en demi-nuit, par la mononucléose, par le bercement du train ou par le coup imparable du film soporifique (c’est d’ailleurs à croire que vous avez la mainmise sur le choix de certain.e.s réalisateur.trice.s).

Nombre de fois, je t’en ai voulu pour tous les instants que j’aurais pu passer à vivre activement plutôt qu’affalée sur mon lit ou sur un siège de voiture à pousser un roupillon la bouche ouverte, dans une posture peu flatteuse. Comme tu as du t’attrister ou te révolter devant mon obstination à ne jamais te rejoindre avant 1 heure du matin voire plus, une fois l’âge adulte et l’autonomie financière acquis et les injonctions parentales en matière d’heure de coucher définitivement mises aux oubliettes. Alors même que je sais avoir besoin de toi, viscéralement et complètement, je supporte mal que tu veuilles profiter de cette dépendance à tes bons et inlassablement loyaux services (même si je maintiens que tu ne manques pas de facétie, voire que tu peux te montrer retors). Toi et moi savons bien sûr que nos destins sont liés, et que tu te nourris autant de ma passivité de dormeuse que moi du rechargement de batteries que tu m’offres en échange des rêves que je te donne, et qui je l’espère puisque je ne me les remémore que rarement, rivalisent en intérêt avec les meilleures séries du moment.

Avec le temps et les années qui passent, nous avons réciproquement compris qu’on ne se changerait pas l’un et l’autre et qu’il allait falloir composer avec nos antagonismes. Que je ne te consacrerai sans doute jamais autant de temps que tu le souhaiterais, tout comme je devrai composer avec ton insistance. Mais que, d’un autre côté, dès lors que nous sommes réunis, tout est fluide et sans prise de tête. Et que nous nous complétons, toi avec ta présence régénérante, moi avec mon énergie vivifiante. Je ne doute pas que nous avons encore beaucoup de belles nuits, siestes impromptues ou voyages en train à vivre ensemble, et, en espérant que cela restera bien entre nous, je m’en réjouis d’avance.

Bien à toi.

Plumechocolat

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