Evoluer à l’insu de son plein gré

12 Juin

Sous le titre potache de ce billet dont la référence n’aura échappé à personne, pas même aux moins de 20 ans (s’il y en a qui me lisent), j’avais envie d’aborder la façon dont nous échappons régulièrement à l’imbécilité à notre corps défendant, en s’autorisant à changer d’avis, et ce même lorsque nous croyions nos convictions bien ancrées. Si je regarde mon parcours de vie, et que je considère celle que j’étais à dix ans, à vingt ans, à trente ans, et aujourd’hui à la quarantaine (non, pas à l’isolement mais bien au début de ma cinquième décennie de vie), il est évident qu’un glissement s’est produit qui a même pu s’apparenter, à certaines périodes à l’écartement des plaques lithosphériques (oui je fais semblant d’avoir de la culture alors que j’ai juste chopé l’expression grâce à un célèbre moteur de recherche).

Quand j’analyse le passé, j’y vois énormément de croyances confortablement héritées de mon éducation et que je me rappelle avoir défendu ou tenté de défendre bec et ongles, parce que certainement j’y liais plus ou moins mon identité. Il a fallu beaucoup de secousses et quelques heureux hasards pour que je comprenne que les opinions n’ont pas à être figées. Et que je comprenne où se situaient réellement mes convictions intangibles, qui, pour partie, ont toujours été là et tant mieux puisqu’elles témoignent à la fois du fait que je suis une humaine « continue » tout en ayant évolué, et d’autre part que cette part persistante est une part positive, lesdites convictions intangibles étant celles que je perçois comme bonnes pour moi comme pour les autres.

Je ne vais pas m’étendre ou vous perdre dans un discours pseudo-philosophique, maîtrisant cette discipline à peu près aussi bien que l’écartement ou le rapprochement des plaques lithosphériques, mais simplement me réjouir de ces petits et grands pas qui m’ont écartée de ce que je pensais naïvement être la sagesse. D’abord, j’ai eu à faire face à l’inconfort de la sortie du vase clos, en douceur et cela a été une chance (ou peut-être pas finalement, après tout les électro-chocs sont souvent une méthode efficace), mais de manière effective tout de même, après la sortie du lycée, avec comme tout premier réflexe de me réfugier dans le vase dès que possible.

Et puis, surtout, il y a eu à la fois la vie associative et le théâtre, les deux se mêlant d’ailleurs dans la mesure où j’ai rejoint des troupes de théâtre associatives, qui m’ont permis d’être face à l’altérité, mais cette fois pas de manière défensive. J’ai aimé écouter les personnes que j’y rencontrais parler d’elles, de ce qu’elles vivaient, de leurs questionnements, entre deux exercices de fitness ou lors des pauses en répétition. J’ai aimé participer à des soirées débats pendant plusieurs années. J’ai aimé, toujours au théâtre, découvrir des spectacles et entendre des réalités qui jusque là m’échappaient. J’ai aussi aimé voyager, en particulier voyager seule parce qu’être uniquement avec soi permet d’accueillir pleinement chaque instant du voyage, chaque sourire ou mot échangé, et de se laisser porter par chaque endroit où l’on pose le pied. Tous ces moments échangés, tous ces écrits portés sur scène, toutes ces pensées exprimées dans des cadres différents, tous ces pas faits sur un sol « étranger » m’ont permis de réfléchir. Et m’ont quelque part amenée à prendre position autrement, en ne pouvant plus me contenter d’afficher ma vérité, mais en devant y ajouter des arguments. J’ai été déstabilisée régulièrement, quand, en devant « justifier » mon opinion, aucune phrase ne sortait. Et aujourd’hui, je trouve cette phase de déconstruction passionnante. Quand bien même je doute extrêmement souvent, je tâtonne, je tente d’y voir clair sans toujours y arriver.

Mais je sais désormais ce que précisément je ne sais pas. Et puis aussi un peu ce que je sais vraiment. Comme le fait que je ne conçois pas de vie heureuse sans respect de soi et des autres, ni sans apprendre et découvrir en permanence, ni surtout sans se risquer à aimer au risque d’aimer mal ou trop ou même de devoir constater qu’on n’a pas aimé une « bonne » personne (et cela construit aussi et permet d’apprendre à reconnaitre mieux les bonnes personnes ensuite), et puis évidemment que le chocolat c’est délicieux (conviction aussi futile qu’inébranlable). Pour le reste, je laisse la vie, ses épreuves et ses joies, ses petits et grands évènements, m’aider à construire toujours un raisonnement critique et jamais figé. Et je remercie ce monde de nous permettre l’ouverture à laquelle il nous invite en permanence.      

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