Lettre à mes manques

3 Juil

Chers manques,

Il est étrange de vous appeler ainsi, j’en ai bien conscience, c’est toutefois le terme qui m’a paru le plus juste pour vous qualifier, vous que j’aimerais voir présents dans ma vie, que je poursuis de mes assiduités pour certains avec l’espoir qu’ils finissent par céder à mes avances mais de leur plein gré et pas à l’usure, vous dont j’ai acté que vous étiez inatteignables et dont je fais le deuil pour d’autres. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de remercier la vie pour mes pleins, ceux que j’ai reçus certainement sans toujours les avoir mérités, d’acter que j’avais énormément de chance voire de privilèges et que je ne saurais céder à la complainte.

Et pourtant, comme la vie est un kaléidoscope de couleurs, de périodes, d’émotions, d’actions qui réussissent et d’autres qui échouent, de relations plus ou moins bien établies et solides, il est des moments où ses incomplétudes me pèsent. Et vous, mes manques, vous êtes précisément l’incarnation de ces incomplétudes.  C’est pour cela que j’ai souhaité m’adresser à vous aujourd’hui, pour vous dire que bien entendu, je continuerai à avancer avec ou sans vous, et que pour autant vous avez une place spéciale, celle des petits et des grands vides que vous n’occupez pas.

A toi, d’abord, la confiance en moi qui n’a jamais été là, je voudrais dire que je fais tout mon possible pour parvenir à te(me) convaincre de me rejoindre, parce que je suis convaincue qu’ensemble, nous pourrions faire des grandes choses, sans nous laisser intimider par les obstacles sur notre chemin. Ton assurance ascendant intrépidité me fait très souvent défaut et me conduit à renoncer là où pourtant je devrais oser.

A toi, la famille soudée que je n’ai pas, je voudrais dire le gâchis que je ressens, à ce qu’on ne puisse pas communiquer, à ce qu’il n’existe pas de solidarité, à ces non-dits qui se multiplient, et surtout à ces rires et ces moments de partage que l’on ne connaîtra pas, à ce soutien que je ne peux ni apporter ni recevoir, à cette sensation d’être étrangère avec toi plus que je ne le suis à l’autre bout du monde.

A toi le confident ou la confidente que je n’ai pas su trouver, par un mélange de pudeur, de mauvaises expériences, de peur de déranger et de l’opportunité qui ne s’est pas créée, je voudrais dire que j’aimerais pouvoir parfois te livrer mes pensées, qu’à défaut je couche sur un papier que je m’empresse de faire brûler. J’ai cette soif d’authenticité, cette envie de m’exprimer sans censure à quelqu’un qui saurait faire le tri sans jugement. Mais sans doute est-ce illusoire, et à défaut de t’avoir, je me contente de livrer goutte à goutte ou parfois verre à verre aux êtres qui me sont chers et qui sont là pour moi, chacun à sa mesure, ces mots que je ne veux pas garder pour moi.

A toi la capacité à dire non, j’aimerais dire que j’adorerais que tu m’apprennes à bien t’utiliser, parce que soit je t’ignore totalement, soit je prononce mal ton no(n)m, et dans un cas comme dans l’autre, je vois à quel point cela me dessert (non, pas la douceur sucrée de fin de repas).

A vous les heures qui seraient nécessaires à chaque journée pour compléter les seulement 24 dont les humains (et les animaux et les végétaux mais là n’est pas la question) disposent pour vaquer à leurs différentes occupations, je dirais que je ressens chaque jour votre absence qui limite substantiellement ma capacité à réaliser tout ce que je devrais et/ou souhaiterais, avec en prime assez de temps pour me reposer et avoir un teint de pêche.

A vous, autres manques profonds ou bénins, que je me garde ici de lister, je dirais que quelqu’un, quelque part, pense à vous et vous désire dans son existence, et que j’espère qu’à défaut d’en faire partie, vous occupez celle d’autres personnes qui ont de vous un besoin plus impératif que le mien et qui en font bon usage.

Je vous salue tous, aux occasions que nous avons manquées et à celles que nous trouverons peut-être de nous lier d’amitié.

Immanquablement vôtre.

Plumechocolat  

Une Réponse vers “Lettre à mes manques”

  1. dorette1981 31 août 2022 à 23:28 #

    J’ai mis un peu de temps à lire ce texte tellement parlant, tellement sincère et plein d’émotions. Je ne me lasse pas de te lire

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