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Pour quelques euros de plus

14 Août

euros

 

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Hervé s’était toujours considéré comme un homme banal. Et se voyant ainsi, il en avait adopté le comportement. A l’école, il n’avait pas fait parler de lui, ni en bien ni en mal, n’avait pas brillé par ses résultats ni par un caractère de boute-en-train, tout en obtenant des notes honorables et en s’intégrant de façon satisfaisante à ses camarades. Plus tard, il avait suivi et obtenu honorablement mais toujours sans distinction un BTS qui lui avait permis d’obtenir un poste d’assistant de gestion dans une PME, où son travail ne suscitait toujours aucun commentaire particulier.

Sa vie amicale et sentimentale était elle aussi agréable et sans relief particulier : il avait quelques proches amis, quelques connaissances également et vivait un amour tranquille depuis cinq ans avec Pauline, l’une de ses anciennes collègues avec laquelle il s’était installé dans un confortable 4 pièces avec grand balcon d’une ville de taille moyenne. Bref, Hervé était l’archétype parfait de l’idée que le quidam se fait de la normalité si tant est que quiconque puisse l’incarner. Il appréciait son sort et sa vie en ayant pleinement conscience que celle-ci ferait certainement un mauvais sujet de roman ou même d’entrefilet dans le journal local. Parfois, comme beaucoup, il se prenait à rêver de grands changements, avant de revenir assez rapidement au constat que sa situation avait cet atout irremplaçable, à défaut d’être faite de grands frissons, de ne lui créer aucune grande difficulté ou catastrophe.      Lire la suite

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Lettre à une femme cruelle

19 Juin

cruelle

 

Chère Madame,

Je m’autorise à vous adresser cette missive suite à des agissements graves de votre part ayant profondément nui à mon intégrité et à ma sérénité. Compte tenu de notre passif, je préfère employer le vouvoiement qui convient mieux à la distance qui s’est établie entre nous au cours des dernières semaines. Lorsque je vous ai connue, j’étais jeune et fringant, plein d’enthousiasme et de potentialités. J’avoue avoir été en premier lieu flatté que vous vous intéressiez à moi. Vous sembliez souriante et sympathique, et la lueur d’enthousiasme que je voyais dans vos yeux m’a semblé prometteuse. Aussi me suis-je laissé entraîner par votre enthousiasme communicatif et ai-je fait en sorte de me montrer sous mon meilleur jour pour que cet attrait que je semblais exercer sur vous se concrétise et que vous me choisissiez. Lire la suite

A la recherche de la petite lueur en plus

22 Mar

bougielueur

 

Depuis quelque temps déjà, Martial trouvait sa vie fade. Il se sentait pourtant totalement illégitime à faire part de son insatisfaction, puisque, aux yeux du monde extérieur, il avait tout ce qu’un humain peut désirer et même davantage. Sans doute aussi la facilité avec laquelle il avait « réussi » contribuait-elle à l’ennui qu’il ressentait. Quelque part, il enviait ces personnes que l’on voyait de temps à autre dans les médias, qui avaient accompli les mêmes choses que lui en partant de rien et/ou en se battant pendant des mois ou des années. Tout en sachant bien qu’il aurait été ingrat de blâmer toutes celles et tous ceux qui lui avaient ouvert toutes les portes auxquelles il avait frappé sans aucune difficulté.

Il faut dire aussi que Martial avait le double avantage d’être né « au bon endroit au bon moment » et d’être naturellement charmeur. Son père dirigeait une société de production florissante, sa mère poursuivait une brillante carrière d’éditrice, aussi avait-il très tôt fréquenté des personnalités en vogue et su saisir les codes pour briller en société. Lire la suite

Le poids du mensonge

29 Mai

Capture

Quinze ans qu’ils formaient une bande d’amis inséparables, depuis leurs premiers pas à l’université. Valérie, Adrien, Patrick et Stella. La bande des VAPS comme ils se surnommaient eux-mêmes. Ensemble, ils avaient franchi beaucoup d’étapes de leur vie. Ils avaient découvert les soirées estudiantines, les déconvenues des partiels ratés pour cause de découverte trop intensive des dites soirées, la satisfaction de décrocher quand même leur première année après un rééquilibrage entre temps festifs et temps passés à la bibliothèque, les choix de filières après la licence, l’éloignement consécutif à ces mêmes choix de filières, les galères des stages et des premiers boulots avec là encore quelques déménagements. Et puis à côté les amours plus ou moins fixes des uns et des autres, le canapé toujours ouvert de l’un des amis après une mauvaise rupture. L’émerveillement lorsque Patrick avait ouvert le bal de la parentalité, bientôt suivi par Valérie. Ils avaient recréé une authentique deuxième famille, qui avait su d’ailleurs s’intégrer à leurs familles respectives, les uns étant régulièrement invités chez les parents, frères et sœurs des autres.

En somme, si, comme dans tout groupe, il y avait eu quelques coups de gueule mémorables et une tentative de rapprochement assez rapidement avortée entre Valérie et Adrien, ces quatre-là étaient aussi complémentaires que les quatre éléments, et aucune grosse ombre ne planait au tableau de leurs quinze ans d’amitié. Lire la suite

Au gré du vent

31 Déc

vent

Ndlr : l’action de cette petite histoire se déroule à Londres, mais par souci de ne pas faire frémir les personnes natives ou bilingues, aucun anglicisme ni tentative de

Depuis aussi loin qu’elle pouvait s’en souvenir, Judith aimait ce musée Elle s’y sentait bien et venait régulièrement s’y ressourcer. Les collections lui étaient devenues familières au fil de ses visites, à tel point qu’elle repérait d’un coup d’œil chaque nouvelle acquisition et qu’il était rare que son œil la trompât. L’atmosphère si particulière du V&A de Londres ne lassait pas de la séduire et de l’aspirer vers ce lieu. En trois ans passés dans cette ville, elle avait bien dû s’y rendre plus d’une trentaine de fois, la gratuité de l’entrée la poussant pour ainsi dire « à la consommation » d’œuvres.

En plus de l’attirance qu’elle éprouvait pour ces meubles de diverses époques, le rayon des ferronneries, les costumes de cinéma, les sculpture gréco-romaines et autres trésors étonnant dont recelait le musée de Victoria & Albert, elle y trouvait l’espace que les loyers de cette cité bouillonnante ne lui permettaient pas d’avoir dans le micro-studio qu’elle s’était résolue à louer à prix d’or après une année de colocation mouvementée. Ce samedi-là, elle était donc venue une énième fois se perdre dans ce labyrinthe et rêvasser, comme à son habitude. Lire la suite

Retrouvailles à la Grande École des Cerveaux

5 Nov
ancien

Crédits : photo-libre.fr

Ce soir, Charles était présent en apparence, mais au fond de lui, il se trouvait très loin de là. Son esprit vagabondait dans ses souvenirs, et il cherchait intérieurement, parmi tous les lieux qu’il avait visités, l’endroit le plus éloigné géographiquement de cette salle où il se trouvait en compagnie de ses anciens camarades. Il savait qu’il risquait de se sentir en décalage avec eux quand il les reverrait. Mais la curiosité avait néanmoins été la plus forte. Lui aussi voulait savoir ce qu’ils étaient devenus, tous, au cours de ces vingt années écoulées depuis l’obtention de leur diplôme.

Il ne doutait pas que certains auraient des parcours extraordinaires à faire valoir. Après tout, ils sortaient tous de la Grande École des Cerveaux, et certains avaient même complété leur cursus par un double voire un triple diplôme. Si l’on y ajoutait une confiance en eux qui avait souvent forcé son admiration du temps où ils étaient étudiants, et pour nombre d’entre eux, l’accès au carnet d’adresses impressionnant de leurs parents, il n’était pas étonnant que des ailes leur aient poussé et qu’ils aient atteint le firmament des entreprises du CAC40 ou créé des affaires florissantes, portés par les opportunités de la nouvelle économie. Au cours de ces vingt ans, il avait d’ailleurs plusieurs fois vu le nom de certains dans les journaux économiques et admiré leur réussite. Il lui était même arrivé de les envier, surtout au début de sa vie professionnelle, constatant qu’il ne « progressait » pas aussi rapidement que la majorité d’entre eux. Lire la suite

Discrète

2 Sep

Berlin Août 2016 (131) 

Discrète. C’était sans doute le mot que la plus grande partie de son entourage aurait employé si on leur avait demandé un seul mot pour la décrire. Elle-même aurait sans doute employé le même terme, bien que l’idée de réduire une personne à un seul mot, à commencer par elle-même, soit en totale contradiction avec son regard sur les gens, là aussi en commençant par elle-même. Elle était de ces personnes que l’on ne remarque jamais ou rarement, dès lors qu’elle n’était pas seule face à face avec son interlocuteur. Elle en était consciente et regrettait parfois ce sentiment de transparence mais la plupart du temps, elle ne s’en formalisait pas. Elle appréciait même le confort que lui procurait son caractère effacé, lui permettant d’écouter les conversations sans se sentir obligée d’y intervenir, et lui évitant du même coup les inimitiés que peuvent faire naître les positions très tranchées ou polémiques des personnes plus exubérantes.

Sa discrétion n’était pas pour autant synonyme d’une quelconque mièvrerie, d’une timidité maladive ou d’une absence d’opinion sur la politique, la météo, la protection des animaux et autres sujets qu’abordent traditionnellement les groupes de connaissance ou d’amis. Elle n’avait en effet aucune difficulté à s’exprimer lorsque, à de rares occasions, quelqu’un se tournait vers elle pour lui demander « et toi, t’en penses quoi ? ». Elle savait alors fournir une réponse concise sur un ton très calme, qui contentait l’assistance et lui permettait de retourner à l’indifférence relative dans laquelle le groupe la tenait jusqu’alors. Elle se plaisait alors à assimiler les propos des uns et des autres, à les malaxer intérieurement comme un gros bloc de pâte à modeler et à s’envoler dans ses pensées, imaginant ce qu’allait répondre untel ou unautretel présent ce jour-là ou une autre personne de sa connaissance, tout en continuant à suivre les conversations d’au moins une oreille, ne serait-ce que pour le cas où on lui demanderait effectivement son avis sur ce qui venait de se dire. Lire la suite

amenaviguante

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Broute le gazon

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