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Le poids du mensonge

29 Mai

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Quinze ans qu’ils formaient une bande d’amis inséparables, depuis leurs premiers pas à l’université. Valérie, Adrien, Patrick et Stella. La bande des VAPS comme ils se surnommaient eux-mêmes. Ensemble, ils avaient franchi beaucoup d’étapes de leur vie. Ils avaient découvert les soirées estudiantines, les déconvenues des partiels ratés pour cause de découverte trop intensive des dites soirées, la satisfaction de décrocher quand même leur première année après un rééquilibrage entre temps festifs et temps passés à la bibliothèque, les choix de filières après la licence, l’éloignement consécutif à ces mêmes choix de filières, les galères des stages et des premiers boulots avec là encore quelques déménagements. Et puis à côté les amours plus ou moins fixes des uns et des autres, le canapé toujours ouvert de l’un des amis après une mauvaise rupture. L’émerveillement lorsque Patrick avait ouvert le bal de la parentalité, bientôt suivi par Valérie. Ils avaient recréé une authentique deuxième famille, qui avait su d’ailleurs s’intégrer à leurs familles respectives, les uns étant régulièrement invités chez les parents, frères et sœurs des autres.

En somme, si, comme dans tout groupe, il y avait eu quelques coups de gueule mémorables et une tentative de rapprochement assez rapidement avortée entre Valérie et Adrien, ces quatre-là étaient aussi complémentaires que les quatre éléments, et aucune grosse ombre ne planait au tableau de leurs quinze ans d’amitié. Lire la suite

Au gré du vent

31 Déc
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Cabinet de George Jack – source : site du V&A Museum

Ndlr : l’action de cette petite histoire se déroule à Londres, mais par souci de ne pas faire frémir les personnes natives ou bilingues, aucun anglicisme ni tentative de

Depuis aussi loin qu’elle pouvait s’en souvenir, Judith aimait ce musée Elle s’y sentait bien et venait régulièrement s’y ressourcer. Les collections lui étaient devenues familières au fil de ses visites, à tel point qu’elle repérait d’un coup d’œil chaque nouvelle acquisition et qu’il était rare que son œil la trompât. L’atmosphère si particulière du V&A de Londres ne lassait pas de la séduire et de l’aspirer vers ce lieu. En trois ans passés dans cette ville, elle avait bien dû s’y rendre plus d’une trentaine de fois, la gratuité de l’entrée la poussant pour ainsi dire « à la consommation » d’œuvres.

En plus de l’attirance qu’elle éprouvait pour ces meubles de diverses époques, le rayon des ferronneries, les costumes de cinéma, les sculpture gréco-romaines et autres trésors étonnant dont recelait le musée de Victoria & Albert, elle y trouvait l’espace que les loyers de cette cité bouillonnante ne lui permettaient pas d’avoir dans le micro-studio qu’elle s’était résolue à louer à prix d’or après une année de colocation mouvementée. Ce samedi-là, elle était donc venue une énième fois se perdre dans ce labyrinthe et rêvasser, comme à son habitude. Lire la suite

Retrouvailles à la Grande École des Cerveaux

5 Nov
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Crédits : photo-libre.fr

Ce soir, Charles était présent en apparence, mais au fond de lui, il se trouvait très loin de là. Son esprit vagabondait dans ses souvenirs, et il cherchait intérieurement, parmi tous les lieux qu’il avait visités, l’endroit le plus éloigné géographiquement de cette salle où il se trouvait en compagnie de ses anciens camarades. Il savait qu’il risquait de se sentir en décalage avec eux quand il les reverrait. Mais la curiosité avait néanmoins été la plus forte. Lui aussi voulait savoir ce qu’ils étaient devenus, tous, au cours de ces vingt années écoulées depuis l’obtention de leur diplôme.

Il ne doutait pas que certains auraient des parcours extraordinaires à faire valoir. Après tout, ils sortaient tous de la Grande École des Cerveaux, et certains avaient même complété leur cursus par un double voire un triple diplôme. Si l’on y ajoutait une confiance en eux qui avait souvent forcé son admiration du temps où ils étaient étudiants, et pour nombre d’entre eux, l’accès au carnet d’adresses impressionnant de leurs parents, il n’était pas étonnant que des ailes leur aient poussé et qu’ils aient atteint le firmament des entreprises du CAC40 ou créé des affaires florissantes, portés par les opportunités de la nouvelle économie. Au cours de ces vingt ans, il avait d’ailleurs plusieurs fois vu le nom de certains dans les journaux économiques et admiré leur réussite. Il lui était même arrivé de les envier, surtout au début de sa vie professionnelle, constatant qu’il ne « progressait » pas aussi rapidement que la majorité d’entre eux. Lire la suite

Discrète

2 Sep

Berlin Août 2016 (131) 

Discrète. C’était sans doute le mot que la plus grande partie de son entourage aurait employé si on leur avait demandé un seul mot pour la décrire. Elle-même aurait sans doute employé le même terme, bien que l’idée de réduire une personne à un seul mot, à commencer par elle-même, soit en totale contradiction avec son regard sur les gens, là aussi en commençant par elle-même. Elle était de ces personnes que l’on ne remarque jamais ou rarement, dès lors qu’elle n’était pas seule face à face avec son interlocuteur. Elle en était consciente et regrettait parfois ce sentiment de transparence mais la plupart du temps, elle ne s’en formalisait pas. Elle appréciait même le confort que lui procurait son caractère effacé, lui permettant d’écouter les conversations sans se sentir obligée d’y intervenir, et lui évitant du même coup les inimitiés que peuvent faire naître les positions très tranchées ou polémiques des personnes plus exubérantes.

Sa discrétion n’était pas pour autant synonyme d’une quelconque mièvrerie, d’une timidité maladive ou d’une absence d’opinion sur la politique, la météo, la protection des animaux et autres sujets qu’abordent traditionnellement les groupes de connaissance ou d’amis. Elle n’avait en effet aucune difficulté à s’exprimer lorsque, à de rares occasions, quelqu’un se tournait vers elle pour lui demander « et toi, t’en penses quoi ? ». Elle savait alors fournir une réponse concise sur un ton très calme, qui contentait l’assistance et lui permettait de retourner à l’indifférence relative dans laquelle le groupe la tenait jusqu’alors. Elle se plaisait alors à assimiler les propos des uns et des autres, à les malaxer intérieurement comme un gros bloc de pâte à modeler et à s’envoler dans ses pensées, imaginant ce qu’allait répondre untel ou unautretel présent ce jour-là ou une autre personne de sa connaissance, tout en continuant à suivre les conversations d’au moins une oreille, ne serait-ce que pour le cas où on lui demanderait effectivement son avis sur ce qui venait de se dire. Lire la suite

Lettre à la poussière

7 Août
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Source : dessinrencontre.com

Poussière,

je t’écris aujourd’hui parce que tu sembles à avoir des difficultés à comprendre mes propos lorsque je les tiens de vive voix l’aspirateur à la main. Tu me rétorqueras peut-être que le son dudit aspirateur rend ma voix moins audible, mais tu ne sembles guère mieux entendre lorsque j’use du plumeau, lequel ne masque pourtant aucun bruit.

Notre relation aurait pu être sereine et saine si tu avais su ne pas te montrer moins envahissante. Mais tu n’as jamais su te modérer. Non contente de t’établir discrètement dans les recoins peu surveillés, tu as toujours cherché à étendre ton territoire, malmenant sans aucun scrupule mon amie la pauvreté. Pire, malgré les efforts déployés lors de notre rendez-vous hebdomadaire du week-end, tu n’as jamais su respecter mon besoin de voir un sol propre pendant la semaine, te réinstallant dès l’aspirateur de nouveau dans son placard et laissant ton empreinte dans chaque pièce de l’appartement (qui heureusement, ne comporte qu’un nombre réduit de pièces grâce à la cote de l’immobilier en Ile-de-France). Non contente d’être visible en surface, tu t’es aussi incrustée comme la canaille que tu es derrière des tuyaux, les radiateurs et autres recoins d’où il m’est impossible de te chasser.

Je t’ai donc demandé il y a quelques mois déjà de quitter la colocation pour te trouver un autre logement qui saurait mieux t’accueillir. Je t’ai même fait cadeau des frais engagés en lingettes, sacs d’aspirateurs et éponges pour rendre ta présence moins insupportable. Il semble hélas que mon amabilité et ma patience n’aient eu aucun effet sur ton comportement. Je te demande donc une dernière fois de faire tes valises et de quitter mon domicile, faute de quoi je me verrai dans l’obligation de demander une injonction d’éloignement.

Je ne te salue pas, tu connais la sortie, que je t’ai re-fléchée au cas où.

Plumechocolat

Amour de filiale ou amour filial ?

2 Mai

Amsterdam (239)

Plongée dans ses pensées, il cherchait un moyen d’expliquer sa décision depuis deux bonnes heures, tournant et retournant les mots, les phrases, les arguments dans son esprit. Rien ne venait pourtant. Sans doute parce que lui-même ne se l’expliquait pas totalement. Il avait agi de façon impulsive, et pourtant, il était profondément convaincue qu’elle n’aurait pas pu faire différemment. Ou pas sans vivre avec ce doute et ces regrets qui ne vous quittent pas pendant des années.

Seulement, maintenant, il allait falloir leur expliquer à eux pourquoi au dernier moment, il avait dit non à ce qu’ils pendaient tous être son rêve. Et qui de fait avait été son rêve pendant très longtemps. Mais plus maintenant. Et pas aux conditions que cela impliquait. C’était la découverte de ces conditions qui avait d’ailleurs déterminé son refus. Et qui l’avait incité à se demander ce qu’il voulait le plus. Seulement, comme souvent dans le milieu des affaires, il y a des choses qu’on ne peut pas réellement dire. Ou pas de but en blanc. A la fois par risque de litige pour un propos de trop proféré dans la « discussion » et pour préserver la cohésion dans les équipes. Ne pas trop en dire sur ce qui se passe dans les hautes sphères et qui tire quelles ficelles, même si elles le pressentent. Se dire qu’après tout, l’essentiel est que les affaires tournent le plus proprement possible. Lire la suite

Avant

24 Déc

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Avant. Ce mot avait un son qui l’étonnait lui-même. En y réfléchissant, avant aurait tout aussi bien pu vouloir dire le mois dernier, ou avant dans son précédent travail, ou avant quand il était étudiant ou avant quand il était enfant, ou tout ça à la fois. Et pourtant, il ne parvenait pas du tout à dater cet avant. La longue période à laquelle il faisait référence lui paraissait toute aussi étrangère comme familière. Comme si maintenant n’était au final qu’un prolongement d’avant, mais que cet avant n’existait plus vraiment de la manière dont il l’avait alors vécu.

Lorsqu’il relisait sa vie, les évènements lui paraissaient désormais flous. Pourtant, ce n’était pas si lointain, il était jeune encore – tout juste 32 ans – et les faits marquants de sa plutôt courte vie étaient faciles à résumer de manière objective. Là était toute la subtilité, il avait plus ou moins perdu sa capacité à voir les étapes qui avaient jalonné son parcours de façon objective.

Avant, il était donc serein et confiant face à la vie. Et pourtant, assez rapidement, il avait senti des incohérences dans les paroles du « monde des adultes ». Ces mêmes adultes qui lui apprenaient les beaux principes qu’ils n’appliquaient pas, comme celui de toujours dire la vérité. Il sentait pourtant parfois des incohérences dans certains propos, mais il n’avait aucun moyen ni aucune raison de douter de ce que ses parents lui disaient. Là, il avait le sentiment d’être le personnage d’un mauvais soap opéra. En même temps que découvrir la vérité était aussi l’occasion, sans rattraper le temps perdu, d’un enrichissement continuel depuis quelques mois. Lire la suite

amenaviguante

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