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Une silhouette presque parfaite

12 Août

Depuis la prime enfance de Jeanne, la quête du poids, ou plutôt de la silhouette idéale avait toujours été une obsession familiale. Ses parents, s’ils avaient été connus, auraient sans doute pu à eux deux, alimenter tous les nutritionnistes en quête de médiatisation en idées novatrices de régimes ou de modes culinaires. Ils semblaient ne jamais être à court d’inspiration, des mois où ils intégraient de la pomme dans absolument tout les plats à ceux où ils servaient la nourriture dans des tubes à essai pour s’assurer que personne ne mangerait trop ou trop vite, en passant par les « jours exclusifs » (protéines le lundi, fruits le mardi, féculents le mercredi, boissons détox avec quelques fruits secs autorisés le jeudi, pain et biscottes le vendredi, légumes le samedi et chaussons ou tartes le dimanche pour relâcher un peu la pression), par les semaines toutes oranges ou toutes rouges, ou par celles où ils ne mangeaient que des plats ou des aliments découpés sous forme de losanges, pour ne citer que quelques-unes des nombreuses « innovations » dont elle avait été témoin. Et ils se montraient tout aussi créatifs du côté des slogans, elle n’aurait d’ailleurs pas été étonnée si certains publicitaires avaient repris à leur compte les catch lines qu’ils aimaient à utiliser partout, espaces et transports publics compris.

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Lettre à mes manques

3 Juil

Chers manques,

Il est étrange de vous appeler ainsi, j’en ai bien conscience, c’est toutefois le terme qui m’a paru le plus juste pour vous qualifier, vous que j’aimerais voir présents dans ma vie, que je poursuis de mes assiduités pour certains avec l’espoir qu’ils finissent par céder à mes avances mais de leur plein gré et pas à l’usure, vous dont j’ai acté que vous étiez inatteignables et dont je fais le deuil pour d’autres. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de remercier la vie pour mes pleins, ceux que j’ai reçus certainement sans toujours les avoir mérités, d’acter que j’avais énormément de chance voire de privilèges et que je ne saurais céder à la complainte.

Et pourtant, comme la vie est un kaléidoscope de couleurs, de périodes, d’émotions, d’actions qui réussissent et d’autres qui échouent, de relations plus ou moins bien établies et solides, il est des moments où ses incomplétudes me pèsent. Et vous, mes manques, vous êtes précisément l’incarnation de ces incomplétudes.  C’est pour cela que j’ai souhaité m’adresser à vous aujourd’hui, pour vous dire que bien entendu, je continuerai à avancer avec ou sans vous, et que pour autant vous avez une place spéciale, celle des petits et des grands vides que vous n’occupez pas.

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Lettre au sommeil

28 Mai

Cher sommeil,

D’aussi loin que je me souvienne, toi et moi avons toujours eu un rapport de type « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis ». Cela a commencé dès que j’ai su lire, peut-être même avant, ma mémoire à ce sujet est floue, et que j’ai appris à feindre ou tout du moins à exagérer ma peur du noir afin de bénéficier d’une source de lumière me permettant de dévorer les ouvrages de la bibliothèque rose, puis ceux de la comtesse de Ségur et bien d’autres encore ensuite au lieu de sagement me coucher comme naturellement attendu par mes parents. Je n’ai d’ailleurs jamais su s’ils étaient dupes de mon stratagème et de mes faux endormissements lorsqu’ils entrebâillaient la porte pour voir si j’étais bien assoupie, toujours est-il que j’ai commencé très tôt à ne pas respecter les prescriptions relatives au temps à passer en ta compagnie. Et je continue encore à l’instant T, plaçant mon envie d’écrire avant l’écoute de mes paupières qui se ferment et de mes baîllements à répétition, alors même que la célèbre minuit ne va pas tarder à sonner (mais ne disposant volontairement pas d’horloge à coucou, je pourrai me permettre de ne pas entendre l’appel à rejoindre l’oreiller)

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Lettre d’une Parisienne de toujours à Paris

24 Déc

Cher Paris,

Tu étais là bien avant moi, ayant traversé les siècles, d’abord sans identité réellement reconnue puis en tant que Lutetia, avant de devenir la cité des Parisii et de finalement être rebaptisé sous ton nom actuel, simple et élégant. Tu as donc vu naître, arriver en cours de vie, partir ou repartir et hélas mourir bien des personnes qui se sont attachées à toi, ont adoré te détester, ou ne t’ont vu que comme un lieu de vie comme un autre, en leur offrant ce que tu étais et ce que tu es aujourd’hui, les laissant libres de t’apprécier ou pas, d’explorer tes sentes, tes ruelles, tes avenues, tes bâtiments qui eux aussi ont beaucoup évolué au cours du temps, même si l’arrivée des immeubles Haussmann a réellement façonné ton architecture.

Je sais donc n’être qu’une Parisienne parmi d’autres, là où toi, tu es le lieu où je suis née, où j’ai fait mes premiers pas, où j’ai appris à lire et à faire du patin à roulettes, où j’ai passé mon bac et poursuivi mes études, où j’ai fait mon premier stage et obtenu mon premier emploi. J’ai emprunté tes bus dès l’enfance, qui n’étaient déjà plus à plateforme, j’ai été émerveillée devant les escaliers mécaniques de ton métropolitain, j’ai admiré ta tour Eiffel, tout en attendant presque l’âge adulte pour enfin te regarder depuis le haut de son deuxième étage, en bonne Parisienne justement qui ne visite pas les « classiques » touristiques, enfin du moins pas tous.

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Lettre à la télévision

28 Nov

Chère télévision,

D’aussi loin que je me souvienne, tu as toujours fait partie de ma vie. Je dis d’aussi loin que je me souvienne, car j’ai grandi à une époque où les recommandations sur l’exposition à toi n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, mais aussi où tu étais le seul écran présent dans les foyers et où les membres desdits foyers te consacraient un temps plus limité qu’en ce 21ème siècle. Un temps aussi, où, sans émissions spéciales diffusées sur toi pour mettre en garde sur le temps à te consacrer, l’on savait d’instinct qu’il fallait que les enfants jouent et dessinent et inventent des histoires et, seulement ensuite, te regardent leur raconter des histoires ou les distraire avec des jeux télévisés.

J’ai donc grandi en te voyant plus souvent éteinte qu’allumée, mais en ayant, comme les enfants d’aujourd’hui, une attirance pour ces autres mondes que je découvrais lorsque tu t’animais. Tu m’as fait découvrir Tom & Jerry, Bug’s Bunny, Bip bip et le coyote, Woody Woodpecker, et puis plus tard Princesse Sarah qui reste mon coup de coeur de petite fille, le club Dorothée, Il était une fois la vie, Les mondes fantastiques auxquels je rêvais de participer comme nombre d’enfants, Hugo délire et certainement d’autres émissions que j’oublie et dont se souviennent encore les nostalgiques des années 1980 et 1990.

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Lettre à notre sauveuse

5 Sep

Chère sauveuse,

Nous te connaissons depuis longtemps, mais nos relations, jusqu’en 2020, étaient occasionnelles. Nous avions coutume de nous voir quelquefois l’hiver, et de nous réconforter mutuellement des rigueurs du climat, sans chercher spécialement à nous fréquenter plus régulièrement. Nous vivions de cette entente cordiale qui nous convenait parfaitement, aimant à évoquer des sujets légers et presque exclusivement girly, parlant couleurs d’habillage, parfums et cocooning.

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Mémoires d’un appartement

30 Juil

Il en avait vu passer des locataires, depuis 1974, date de son achèvement. Enfin de son achèvement, c’était beaucoup dire. Il n’avait plus grand-chose à voir avec ce qu’il était à l’origine, mis à part ses murs, et le vieux radiateur du salon. Enfin, maintenant on ne disait même plus salon mais pièce de vie. Il aimait pourtant bien ce terme tombé en désuétude pourtant, cela lui rappelait les salons littéraires des siècles passés, ceux dont il était question dans les romans qu’il avait abrités. Parce que certains des locataires adoraient lire, dans ce salon devenu pièce de vie, affalés pour les uns sur le canapé ou le sofa, là encore la désignation de ce meuble variait, pour les autres sur leur fauteuil club ou leur pouf géant à billes. Les troisièmes locataires, férus de meubles anciens, avaient un crapaud et une bergère dont il se souvenait avec émotion, ainsi qu’un lit à baldaquins trouvé aux Puces et qu’ils avaient remis à neuf. Ils avaient d’ailleurs fortement contribué à accroître sa culture de la littérature du XVIIIème et XIXème siècle. Il se souvenait avoir avidement dévoré leurs ouvrages, en lisant « par-dessus leur épaule » comme disait l’expression consacrée, maudissant toutefois régulièrement la lampe où le voilage du lit qui obstruait la vue qu’il avait depuis ses murs ou ses plafonds.

Enfin, désormais, après avoir succombé à la vogue des anglicismes, le salon devenu living-room s’était mué en « pièce de vie ». L’on avait pour réussir cette énième agencement abattu un mur qui n’était heureusement pas porteur pour créer une étrange colocation entre le salon et la vieille cuisine qui ressemblait désormais à l’une de ces vieilles femmes ayant passé trop de temps sur un transat sur les plages du sud pour tromper leur ennui et dont la peau, enfin ici la peinture et les placards – se trouve irrémédiablement fripée au nom du sacro-saint bronzage à exhiber devant les amies moins chanceuses restées dans leur Nord natal l’été. Toujours est-il que son propriétaire était décédé au début des années 2000 et que les enfants avaient décidé de le garder, lui, « l’investissement locatif » apparemment juteux, mais en le mettant au goût du jour et donc en créant cette pièce de vie. La cohabitation entre ces deux-là n’avait pas été évidente. Chacun tenait à son intimité et le salon se plaignait régulièrement des odeurs de brûlé et de poubelles, de l’eau et de la farine renversés sur le sol et du ronronnement du réfrigérateur tandis que la cuisine supportait mal le bruit de la télévision, la lumière souvent allumée jusque tard dans la nuit, et les copains et copines des locataires qui débarquaient en permanence et refaisaient le monde sans discontinuer. Sans compter le fait que l’un comme l’autre avait perdu l’intimité que leur procurait ce mur, ainsi que les meubles qui s’y adossaient. Mais après quelque temps, un bar avait été installé, rendant à chacun une délimitation et les aidant à mieux communiquer et à mieux se retrouver eux-mêmes.

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