Tag Archives: danse contemporaine

Teruel

2 Déc

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Après l’exceptionnel Shabbath et le très esthétique Oubli des anges, la compagnie Interface revient à Paris présenter l’un de ses tous premiers spectacles, Teruel, premier volet de sa quadrilogie du « Mythe de l’Homme » (Shabbat était le troisième). Cette fois, la danse puisse son inspiration dans la corrida (mais que les anti-corridas se rassurent, aucun animal ne meurt pendant le spectacle). Avec ce qui semble constituer les fondamentaux de la compagnie : une musique puissante, des chorégraphies sensuelles et exigeantes et des textes qui n’ont pas de sens pour eux-mêmes mais pour la tonalité des mots.

Aller voir cette compagnie exige ainsi d’être prêt au lâcher prise. Si l’on est en quête d’un sens limpide, on sera sans doute admiratif du talent des deux danseuses, mais il est plus difficile d’apprécier l’intégralité de l’œuvre. Si l’on accepte de rentrer dans un univers, alors l’expérience n’est plus seulement esthétique mais aussi émotionnelle. Lire la suite

Permeados

7 Juil

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En postant, hier, mes impressions sur « Ce que la voix ne dit pas » de la Compagnie de danse brésilienne Studio 3, je vous avais promis une suite très rapide sur leur deuxième création à l’affiche cette semaine, Permeados. Pour ceux qui n’ont pas suivi, la création Martha Graham Memorias, jouée il y a deux ans, est l’un de mes plus gros coups de cœur dans le domaine du spectacle vivant. Et comme cette fois, ils revenaient avec deux œuvres, j’ai décidé de prendre une double ration.

En préambule, je ne l’ai pas dit la dernière fois, mais je n’ai aucune connaissance en matière de danse. Donc j’exprime mon avis de spectatrice qui voit une forme d’art avec un regard de béotienne. Je suis incapable de citer les influences, ni d’évaluer le niveau technique des chorégraphies. Et je n’y prétends pas. Je livrerai donc ici une impression brute. Qui est que j’ai été réellement séduite par ce que j’ai vu et entendu. Toujours pas autant, si vous avez lu mon précédent billet, qu’en 2011. Mais vraiment charmée. J’essaierai de limiter la comparaison avec « Ce que la voix ne dit pas ». Parce que ce sont deux créations très différentes. La première jouait énormément sur l’esthétisme, l’originalité, la beauté des tableaux, avec des choses vraiment impressionnantes (mis à part cette voix trop présente dont le parlais). Ici, on est clairement dans le contemporain, et dans une représentation beaucoup plus épurée. Ce qui, je dois l’avouer, avait provoqué chez moi quelques craintes. Parce que le contemporain a ceci de très particulier que, du fait que seul le geste compte, lorsqu’il s’agit d’apprécier ou non, tout se jour sur un « ça passe ou ça casse ».

Et là, c’est passé. Mieux que le premier, même si encore une fois, il était de très belle qualité. Mais la danse est pour moi une affaire de ressenti. Lire la suite

Ce que la voix ne dit pas

6 Juil

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Cette semaine, je ne vous parlerai pas de théâtre. « Hein ? Quoi ? », vous entends-je murmurer, « mais que lui est-il donc arrivé ? ». Je vous rassure, ma passion est intacte, et vous reverrez sans doute rapidement des critiques ressurgir. Mais après un petit détour par l’humour musical, j’ai décidé de consacrer quelques précieuses soirées à découvrir l’univers de la danse.

Et mon choix s’est posé sans véritable hasard sur la nouvelle création de la compagnie de danse brésilienne Studio 3. Cette compagnie, que j’avais à l’origine découverte par pure coïncidence, est en effet à l’origine de l’un de mes plus gros coups de cœur de ces trois dernières années en tant que spectatrice. En effet, il y a deux ans, ils étaient présents, déjà au Théâtre Saint-Martin, pour Martha Graham Memorias, hommage, comme l’indique le titre, à la célèbre (enfin, célèbre pour les passionnés de danse moderne) chorégraphe. La force de ce spectacle, au-delà de la qualité des chorégraphies et de la mise en scène, du choix musical également, c’était la diversité des âges des danseurs, qui donnait d’autant plus de force à la chorégraphie qu’elle permettait un jeu scénique intense, fort du vécu des ces brésiliens de différentes générations. Petit aparté : comprenez bien que je n’ai rien contre les jeunes corps de ballet, mais disons que la beauté de leur manière de danser se joue essentiellement sur la partie technique et peu sur des émotions liées à des joies ou épreuves que leur jeune âge ne leur a le plus souvent pas encore permis d’expérimenter. Fin du petit aparté pour redire qu’en 2011, j’étais ressortie de la salle enchantée, sur un nuage, un peu bouleversée aussi, et que j’avais dû mettre 3 jours à redescendre du haut de mon émerveillement.

Quand j’ai su que la compagnie revenait, il était pour moi exclu de rater cette nouvelle performance. Et je dois le dire tout de suite, si je n’ai pas apprécié autant « Ce que la Voix ne dit pas » que « Martha Graham Memorias », c’est tout de même une très belle création. Que voulez-vous, c’est comme pour tout, on ne peut pas être au firmament chaque jour de sa vie, mais on peut continuer à briller, même un peu plus bas. J’ai pourtant failli déchanter au début du spectacle. J’avais des attentes très fortes certes. Mais le tableau d’ouverture et le suivant sont peu accessibles pour des néophytes. On voit des hommes et femmes des cavernes se mouvoir dans un décor post-futuriste, dans une gestuelle qui laisse sceptique, laissant à penser que l’intention était de monter un spectacle de danse contemporaine à tendance expérimentale, un style sans doute porté aux nues par l’intelligentsia artistique parisienne mais pas conçue pour un public de gens normaux.

Heureusement, dès le troisième tableau, les craintes s’estompent pour laisser place à la magie de Studio 3, avec une magnifique « chorégraphie des sirènes », d’un esthétisme rare, très créative et qui permet enfin véritablement de laisser son esprit se faire accaparer par ce qui se passe sur scène. Lire la suite

Sens fiction

17 Fév

Pour une fois, je ne vous parlerai pas de théâtre. Parce que oui, je m’intéresse aussi (parfois) à quelques autres sujets ;-), même s’il est vrai que celui-ci tient une bonne place sur ce blog et plus largement dans mon emploi du temps. Mais point ne faudrait faire preuve de trop d’audace, je resterai quand même dans le spectacle vivant. Et je vais encore vous frustrer parce que vous n’aurez sans doute pas l’occasion d’aller admirer cette chorégraphie qui ne se jouait que ce week-end à la MPAA Saint-Germain (avec possibilité toutefois de les voir à Créteil vendredi 22 février).

Mais qui sait, peut-être seront-ils reprogrammés, et dans le cas contraire, je vous encourage à suivre l’actualité de la compagnie Adlc. Cette pièce qui met en scène 4 personnes mêle avec talent et innovation la danse, les jeux de lumière et la musique électro. Les effets de lumière sont ainsi pour certains directement protégés sur les costumes entièrement blancs de cette jeune troupe. L’intention affichée est « d’exprimer les corps abîmés » et d’interroger l’idéal de modélisation qui se fait jour aujourd’hui. Le pitch : « Écrasés sous le poids des pixels, les danseurs échappent, résistent ou font corps avec l’univers de fiction subtile des artistes numériques ». Lire la suite

Shabbath

16 Nov

Dans mon panorama des pièces à voir, je passe ce soir à la danse contemporaine pour vous présenter l’un des spectacles que j’ai trouvés les plus marquants de cet automne théâtral. Il s’agit du spectacle Shabbath par la compagnie Interface, en ce moment à l’affiche les dimanche soir (un bon moyen pour échapper à l’effet grisaille de la fin de week-end) ainsi que les lundi soir (parfait pour commencer sa semaine intensément) au Théâtre des Mathurins. Autant le dire tout de suite, si vous voulez de la légèreté, passez votre chemin.

Si par contre vous aimez le spectacle vivant qui prend aux tripes, qui vous touche, qui vous secoue un peu, qui vous fait réfléchir, si vous aimez l’esthétique de la danse et êtes sensibles à la force des notes et à la présence d’un timbre de voix qui vit au même rythme que les mouvements chorégraphiques, cette création est faite pour vous. Il est une réflexion sur le passé, sur les dictatures, les autoritarismes, sur ce qui enferme et ce qui libère. Il est aussi un hymne au refus d’accepter, à la poursuite de ses convictions, contre ce qui les freine. Si vous en lisez la présentation, beaucoup plus complète, il n’est sans doute pas décrit exactement comme tel, je me permets de le présenter de la manière dont je l’ai compris, vécu dans mon fauteuil, surplombant la scène depuis le balcon. Il y a sans doute autant de façons de l’appréhender, de le saisir, de se l’approprier (ou de le rejeter), d’y donner du sens qu’il y a de personnes dans la salle, je ne prétends donc pas loin de là, à l’universalité dans mon propos.

Ce que je trouve remarquable, c’est d’abord la forme audacieuse que prend cette belle séquence scénique. D’abord une musique intense, créée spécialement pour l’occasion, et qui alterne les styles, passant du plus classique à des rythmes proches du rap en passant par des airs chantés qui évoquent les polyphonies corses, avec cette alternance entre la bande son et la voix au timbre magnifique du chanteur comédien. Ensuite, ce parti pris original d’y superposer des phrases, qui tantôt s’imposent par leur force, tantôt se font happer par la musique, à d’autres moments encore ne prennent de sens que par l’intonation qui leur est donnée, sans que les mots qui soient prononcés n’apparaisse comme un tout construit et cohérent. Et enfin, la présence des trois artistes sur scène, les deux danseuses et le comédien déjà cité, qui font apparaître que les mouvements du corps, les interactions, les gestes d’accueil et de mise à distance sont à eux seuls un langage, parfois plus vivant que celui qui est purement verbal.

Une fois le rideau levé, Shabbath emporte, transporte, émeut, et fait passer des messages parfois durs, mais en ayant réussi le tour de force de toujours préserver assez de légèreté pour ne pas mettre mal à l’aise, ne sombrant jamais ni dans la violence, ni dans la vulgarité, misant plutôt sur la beauté pour toucher l’âme sans la fragiliser. Ce spectacle est un tableau vivant, que l’on contemple avec ravissement, en attendant l’œuvre suivante qui devrait, pour le plus grand bonheur de ceux qui sont déjà conquis, nous arriver très prochainement.

Liens (site de la compagnie et vidéo) :

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