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Nos soirées de femmes trentenaires

21 Nov

Ce soir, revenant d’une énième soirée filles, j’ai décidé de me lancer pour en retracer les grandes lignes. Cet article n’est bien entendu pas à prendre (entièrement) au sérieux, certains traits ayant été (très légèrement) forcés.

Une soirée filles, comme vous le savez pertinemment si vous êtes une jeune femme, et comme vous vous en doutez certainement si vous êtes un homme (jeune ou pas), consiste à :

  • Se retrouver à 2,3 ou 4 personnes, exclusivement du sexe féminin. Dépasser ce nombre nuit gravement à la réussite de la soirée, à la fois pour des raisons de temps de parole et de de degré de proximité différents entre les filles présentes. Il est d’ailleurs fortement recommandé de se limiter à 2 ou 3.
  • Aller chez l’une des convives présentes ou dans un resto « cosy », voire « girly ». Pour précision, un resto cosy est un lieu où l’on peut parler (un peu fort) sans déranger ses voisins et où la nourriture est tout à la fois diététique – c’est-à-dire où l’on peut commander une salade pour se déculpabiliser du moelleux au chocolat qui suivra inévitablement – et savoureuse (avec une importance toute particulière accordée à la qualité du moelleux au chocolat).
  • Prendre la précaution de se munir ou de commander une à deux bouteilles de vin
  • Ne pas oublier non plus les gâteaux ou les bonbons ou les deux tant qu’à faire, ou comme vous l’aurez compris, de choisir un restaurant qui sert des moelleux au chocolat (ça marche aussi avec les cheesecakes).
  • Et surtout, le plus important, le principal objectif de la soirée est de parler, de tout et de rien, mais surtout de ceux qui sont absents, ceux qui tout au long des 3 à 5 heures à venir (parce que nous pouvons parler très longtemps, cela non plus n’est pas un secret) seront successivement décrits sous les dénominations suivantes : homme (la plus simple), mec, connard, timide, coincé, mâle, gros connard, ami du sexe opposé, bonhomme, garçon, triple buse, ex, lascar, jules, futur, homme idéal (la plus rare, n’apparaît pas à chaque soirée, ou en tout cas pas pour désigner un être réellement existant).

friends

Une fois ces règles établies, nous pouvons donc passer au déroulement. Le premier tour de table, qui peut déjà prendre du temps, hors période de retour de vacances, est consacré se délester des contrariétés du boulot. A ce stade, les propos sont encore ordonnés, suivant une quasi-implacable ligne hiérarchique :

  • Le premier sujet abordé est donc celui du comportement de notre N+1, qui nous fait en général passer de la perplexité à la lutte contre le pétage de plomb, en passant par l’incompréhension, la tristesse, la révolte, le découragement, l’énervement, je raccourcis volontairement la liste avant d’avoir épuisé toutes les émotions négatives possibles que peut susciter notre bien-aimé boss. Je laisse aussi de côté ma théorie selon laquelle il faudrait une bonne fois pour toutes arrêter de nommer comme managers des personnes qui ne le souhaitent pas et qui n’ont pas les aptitudes pour cela, et qu’en plus, il serait bon de dispenser plus de formations à l’encadrement, cela n’est pas une tâche facile, autant aider un peu ceux qui souhaitent s’y consacrer avec sérieux (bon, en fait, j’ai effectivement énoncé ma théorie, mais je la développerai plus longuement dans un autre article). La conclusion de la discussion à ce stade est en général que notre chef : (1) est stressé, quand il n’est pas en plus maniaco-dépressif, tyrannique ou au contraire manquant de courage et ne sachant pas s’imposer ; (2) est stressant, (3) qu’il faut faire avec et que ce n’est pas facile tous les jours.
  • Si vous avez bien tout suivi, viennent ensuite nos chers collègues : là, la conversation peut prendre un tour jovial, lorsque l’on travaille au sein d’une équipe conviviale, où deux ou trois personnes contribuent à la qualité de l’ambiance (souvent un gentil de service et un rigolo de service). Parce que fort heureusement, le travail reste malgré la crise un lieu de sociabilité, et que l’on trouve toujours au moins quelques personnes qui rendent la journée plus agréable. Mais il se peut aussi que l’évocation de nos voisins de bureaux prenne un ton plus âpre, si se trouvent parmi eux au choix : une personne qui vous savonne la planche, un incompétent notoire et de mauvaise composition, un fayot rapporteur de compétition (même à l’école primaire, il n’y en avait pas d’un tel niveau), une secrétaire revêche, un râleur qui parle fort, j’en oublie très certainement, vous compléterez.
  • Et enfin pour les personnes qui ont le bonheur d’exercer des « responsabilités managériales » (avec ou sans le titre de manager), vient inévitablement le moment où nous prononçons sur nos subordonnés des paroles comparables à celles précédemment évoquées s’agissant de notre supérieur, à la nuance prêt que nous remplaçons les termes « incapacité à prendre des décisions » par « manque d’autonomie » et « ne sait pas déléguer convenablement » par « ne fait pas ce qu’on lui demande ». Parce que bien sûr, quand nous gérons le travail d’une ou plusieurs personnes, nous sommes irréprochables 😉

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Passé ce tour d’horizon plus ou moins long selon le boulot et l’intérêt pour son métier de chacune des jeunes femmes présentes, vient enfin LE sujet, la vraie raison de notre rassemblement : le seul, l’unique, l’irremplaçable, celui dont on cherche toujours à dire que l’on peut se passer, mais en fait, bien sûr, de qui on n’a de cesse de rechercher la présence (en dehors de ces sacro-saintes soirées filles) : Le MAL(E) (vous aurez remarqué que j’aime bien jouer sur les parenthèses, celle-ci pourrait faire l’objet de moult commentaires, je vous laisse à vos interprétations). Après vous avoir fait lanterner tout ce temps avec mon détour par le monde de l’entreprise, j’ai donc choisi de me prendre au jeu de la formalisation de nos lamentos à l’égard de ces messieurs. Il me faudrait sans doute un mois entier pour recenser tous les angles sous lesquels nous abordons nos relations et nos interrogations à l’égard de nos primates préférés, j’ai donc dû procéder à une sélection drastique et tout à fait subjective, articulée encore de façon très marketing (je sens déjà poindre les critiques sur le nombre de caractères excessif qui figure à chaque « bullet point », en plus de celles portant sur le recours abusif aux parenthèses) :

  • Il y a tout d’abord l’incontournable « point cœur » sur la situation des unes et des autres qui va forcément avoir une répercussion significative sur la suite des réjouissances. A ce stade, il est à noter tout de même qu’il est préférable de faire un pré-check avant le jour des retrouvailles, pour éviter que ne se trouvent en présence une amoureuse nouvellement casée en phase bisounours et une tout juste larguée, même si la seconde affirme en être fière. Celles qui sont en couple  et heureuses évoquent avec poésie le joli nuage sur lequel elles planent. Celles qui sont en couple mais dans une passe moins agréable vont se plaindre gentiment, tout en montrant leur volonté de s’accrocher. Pour celles qui sont célibataires, c’est simple : soit elles ne voient personne qui leur plaît et il n’y a rien à dire, soit elles ont repéré un type intéressant, et tentent de trouver comment attirer son attention.
  • Une fois cela fait, les phrases échangées ne varient pas tellement sur le fond, c’est juste que l’on entre dans un degré d’approfondissement supérieur. Les casées joyeuses vont alors vanter les qualités de leur hommes, énumérer tous les moments géniaux passés ensemble, les projets qui sont sur la comète ou un peu plus concrets, mais en finissant quand même par se prendre un peu la tête, même si tout se passe merveilleusement bien, en se demandant si tout ce bonheur, finalement, c’est bien raisonnable et si ça ne cache pas une couleuvre indigeste.  Les accouplées malheureuses vont décortiquer un à un les facteurs qui font que ça ne marche pas et passer un temps encore plus long à chercher les éléments qui font que les choses vont (ou tout au moins peuvent) s’arranger, souvent  en se sur-culpabilisant au passage sur les raisons qui font que temporairement au moins (et c’est inévitable), les choses ne fonctionnent pas ou moins bien que précédemment. Celles qui ont une cible vont alors demander conseil à l’amie ou aux deux amies présentes, alors que franchement, il faut l’avouer, ces conseils sont généralement peu judicieux, la vision d’un ami de sexe masculin étant généralement moins encourageante sur les chances de succès, ou hélas plus pragmatique sur les moyens à mettre en œuvre, mais en tout cas d’un appui plus précieux.
  • Le cas sur lequel j’ai le plus envie de développer, parce qu’il est (en tout objectivité) le plus distrayant et souvent celui sur lequel il y a le plus à dire, est celui des filles « sans homme tout simplement ». Et là, si vous êtes dans ce cas de figure, préférez les soirées à deux ou trois, de préférence dans la même situation. D’abord pour une raison très terre à terre : rien de plus agaçant lorsque l’on est seule (et sous-entendu que l’on souhaiterait que cela change) que d’entendre la fée clochette agiter son carillon du bonheur en prodiguant ses bons conseils (tu ne sors pas assez, tu ne vas pas dans les bons endroits, tu devrais être plus ceci ou moins cela, tu as essayé lastchanceforsinglegirls.com,… ? Moi je dis ça pour aider, hein !), ni de passer sa soirée à consoler Grisemine de ses malheurs actuels (surtout si c’est la 100ème fois qu’on essaie diplomatiquement de lui faire comprendre qu’elle ne forme pas un couple bien assorti avec beetleroméo ; si c’est la première crise ou lié à un événement ponctuel difficile, la réaction est bien entendu différente et bien plus empathique).  J’en reviens donc au cas initial, non pas pour son intérêt intrinsèque, mais parce qu’il nous permet de libérer nos penchants féministes tout autant que nos frustrations. Et notamment sur la question de « comment rencontrer un homme aujourd’hui » qui peut mobiliser à elle seule le temps de la descente d’une bouteille de vin. Parce que c’est en effet l’une des plus grandes interrogations des femmes actives d’aujourd’hui : où diable vous planquez-vous, hommes, pendant que nous sommes au restaurant (où l’on voit principalement des femmes ou des couples) /  à la salle de sport (où on voit uniquement des filles et des gars musclés dont le niveau intellectuel est si bas que l’on insulterait le pois chiche en lui comparant leur cerveau) / dans les soirées danses de couple (où là encore on trouve essentiellement des filles) ou latino (même public que les salles de sport) / au cours de théâtre (où la pénurie d’hommes est énorme, certains ont d’ailleurs flairé le filon et ne sont pas principalement motivés par monter sur les planches) / en train de visiter une expo (où l’on voit soit des touristes si beaucoup de com’ a été faite, soit personne) ? Ces quelques lignes donnent un bref aperçu de l’ampleur accordée à cette interrogation. Parce qu’il faut bien le dire, les choses seraient nettement plus simples si l’on comprenait comment les hommes organisent leur emploi du temps (même si nous avons bien compris que les hommes justement n’organisent pas grand-chose, en dehors des heures de bureau où ils montrent pourtant de temps à autre qu’ils ont des aptitudes fortes en la matière, qui seraient sans doute transposables à leur vie privée en lieu et place de ce culte de la dernière minute). Le deuxième point qui rend le cas de la célibataire en recherche intéressant est qu’il permet des projections. Et là, que les autres trentenaires soient ou non en couple, les mots fusent avec entrain. Parce que c’est l’occasion de dresser le portrait du copain idéal, sur le mode « toi, ce qu’il te faut » (avec parfois, il faut le dire, quelques maladresses de commises) ou « moi, ce que j’aimerais, ce que j’aimerais vraiment ». Et sur ce point, il faut quand même nous rendre justice, plus l’âge passe, plus – à quelques rares exceptions près – nous devenons réalistes dans nos aspirations : fini le fantasme du bad boy exerçant un emploi de financier bien rémunéré et disponible tous les soirs après 19h qui en plus sait cuisiner, envolé le rêve d’un Einstein déclamant des vers tout en ayant les pieds sur terre et qui tiendrait la comptabilité. Mais être plus pragmatiques ne nous empêche pas de rester idéalistes, et sans y prendre gare, nous nous surprenons quand même à nous demander si un jour nous croiserons le chemin d’un James Stewart attentionné, ayant le sens de l’initiative, ambitieux mais sans excès, ne traînant pas un passé lourd comme trois cantines remplies de béton et ayant un peu le sens de la fantaisie (hein, quoi, c’est aussi fou que le coup du bad boy ? non, pas du tout…). Bref, je disais, un type imparfait et un peu buté, prêt à nous aimer avec nos coups de stress et nos questions existentielles, pour ensemble faire fondre nos angoisses et se rendre la vie plus belle… (je retire ma critique sur les bisounours ;-))

Et tout cela se termine dans la joie et la bonne humeur, sur une note de moelleux au chocolat et de fraise tagada, au plaisir de remettre cela, parce que l’on a beau parler d’hommes beaucoup, on a tout autant besoin de se retrouver entre amies.

En attendant, messieurs, de savoir ce qu’il se dit dans vos soirées bière, je vous salue…

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