Tag Archives: Formes courtes théâtrales

Mises en capsules – Edition 2019

28 Mai

MEC 2019

 

Après une année d’infidélité au festival Mises en capsules pour cause d’emploi du temps un peu trop surchargé l’an dernier, j’ai décidé de renouer avec l’excellente tradition de profiter de ce beau festival de « formes courtes théâtrales ». Le principe n’a pas changé depuis sa création e 2006 : chaque soir, 5 pièces contemporaines de 30 minutes sont présentées, dans des styles très différents, avec 15 minutes de pause entre chaque pour que les comédiens puissent changer les décors et les spectateurs échanger / se rafraîchir / se nourrir, avant de changer de place pour voir la scène sous un autre angle ou de se précipiter à nouveau au même endroit perçu comme le meilleur.

Au cours de cette pause de spectatrice, le Ciné 13 a lui aussi cessé son activité quelques mois et s’est rénové et a changé de nom pour devenir le Théâtre Lepic. Exit les vieux canapés rouges des trois premiers rangs usés mais toujours moelleux, place à des sièges pareils pour tous mais bien conçus et confortables, à un plateau ayant fait peau neuve, et maintien du célébrissime punch du bar (qui est passé de 3 à 4 euros le verre, mais qui les vaut tout de même) dont la carte s’est bien enrichie. C’est donc dans un décor sentant bon le neuf mais gardant l’âme de ce lieu à la riche histoire que j’ai pu découvrir 15 courts spectacles, au cours de trois belles soirées détaillées ci-dessous.

********* Soirée 1 *********

Capsule 1 : Cœur de papier (Texte : Julia Lederer, traduit et adapté par Constance Labbé ; mise en scène : Constance Labbé et Clotilde Daniault ; avec : Laëtitia Vercken, Céline Toutain, Inan Çiçek) Un homme timide auquel sa mère a raconté plus jeune qu’elle lui avait greffé un cœur en papier, sa mère agoraphobe qui passe ses journées sur Internet à tenter de sortir de sa peur des vraies relations, une femme pleine de vie avec un cœur en laine… ces trois personnages un peu naufragés de la vie vont se rencontrer un peu fortuitement lorsque le jeune homme, croisant régulièrement la jeune femme dans le métro, va littéralement lui voler son cœur. Une comédie moderne et sensible, avec des comédiennes et comédiens qui savent toucher le cœur du public sans le lui dérober.

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Mises en capsules – Édition 2017

12 Juin

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Comme chaque année depuis maintenant 5 ans, j’ai profité en 2017 du festival Mise en Capsules au Ciné 13 Théâtre. Très brièvement, il s’agit d’un évènement organisé sur trois semaines, et qui présent des « capsules » ou formes courtes théâtrales, d’une durée de 30 minutes chacune. Au total, sur une soirée, le public peut en découvrir cinq, avec des pauses de 15 minutes entre chaque pour changer les décors et les gélatines de couleur sur les projecteurs. Au total, 16 créations sont sélectionnées chaque année, dans des styles très diversifiés.

J’ai donc profité lors de la soirée du 10 juin pour avoir un aperçu du « cru 2017 ». N’ayant pu assister qu’à une soirée, je ne dispose pas d’une vue d’ensemble, mais j’ai trouvé les spectacles et l’ambiance plus sobres qu’en 2015 et 2016. Dans le bon sens du terme pour ces deux dimensions, c’est-à-dire avec moins de têtes d’affiches dans les castings et moins de créations « expérimentales » et avec un public aussi plus calme, plus curieux selon mon ressenti et moins de bousculades lors des entrées sorties même si la salle était comble (vous aurez compris que j’aime la sobriété définie sous cet angle). Il est maintenant temps de parler des capsules en elles-mêmes, dont certaines continueront je l’espère en version longue). Lire la suite

Mises en capsules – Edition 2016

3 Juin

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Le festival Mises en capsules du Ciné 13 Théâtre fait partie des quelques évènements culturels annuels que je serais extrêmement malheureuse de rater. Pour résumer rapidement sans me répéter longuement pour ceux ayant lu mes articles des années précédentes, il s’agit d’un festival de « formes courtes théâtrales » de 30 minutes pour chaque pièce. Au total, une quinzaine de pièces sont sélectionnées chaque année, réparties en trois séries de cinq. Donc pour les voir toutes, il est nécessaire de venir 3 soirs sur les 3 semaines du festival. Malheureusement, cette année, pour le 10ème anniversaire du festival et la 5ème édition à laquelle j’assistais, mon calendrier m’a forcé à choisir une seule série parmi les trois. Bonne nouvelle tout de même, je suis absolument ravie de on choix. Lire la suite

Mises en capsules – Edition 2014

1 Juin

 

Chaque année, le Ciné 13 Théâtre, charmante salle dont je vous ai déjà parlé abondamment pour ceux qui suivent régulièrement mes chroniques théâtrales, organise un festival qui s’appelle « mises en capsules », et qui présente, l’espace d’une soirée, cinq « pièces courtes » de 30 minutes, séparées par des pauses d’un quart d’heure, le temps de changer les décors et de laisser le public aller fumer une cigarette ou se repoudrer le nez. Au total, 16 spectacles ont été sélectionnés cette année. Afin de simplifier la vie de ceux qui veulent tout voir, ils sont présentés en 3 blocs de 5 spectacles, le dernier s’insérant plus aléatoirement dans l’équation. Certaines des créations proposées existent déjà sous leur forme complète, et le travail de mise au format peut être plus ou moins bien réalisé dans ce cas. D’autres semblent vraiment pensées pour le festival (ce qui n’exclut pas que la suite soit déjà dans les tiroirs).

Après avoir vu une seule des soirées en 2012 et deux en 2013, cette année, je me suis munie d’un pass festival me permettant d’assister à tout. Au total donc, j’ai pu découvrir 14 des 16 lauréats de la sélection, n’ayant pas pu arriver dès 19h la première fois. Petit résumé de ces trois soirées :

Soirée 1 : La Joie

Me voici donc, mercredi 21 mai, jour de pluie battante, dans cette salle que j’apprécie tant et où il fait bon se mettre à l’abri. N’ayant pu quitter le travail assez tôt, j’attends donc la fin des « Inséparables » pour pouvoir enfin découvrir ce cru 2014 qu’il me tardait de voir. A 19h45, mon impatience peut enfin cesser, me voilà rentrée et confortablement installée, accueillie par le charmant sourire de Benjamin Bellecour.

Capsule 1 : Mathilde 1ère, reine d’Angleterre (Texte et mise en scène : Gabor Rassov, avec : Emilie Caen, Mathieu Rozé, Riton Liebman, Muriel Combeau) Mathilde est une femme simple et pure, toute jeune maman, dont le mari désargenté, ayant enfin trouvé un travail, fait une mauvaise chute dans l’escalier et meurt. Ce sera le début d’une longue descente aux enfers, la jeune femme tombant ensuite sur un malhonnête homme qui la prostitue, puis sur un faux duc qui lui aussi trouve la mort, puis elle perd son fils, puis elle est victime d’un accident qui la rend tétraplégique, …jusqu’à recouvrir la santé et remonter la pente. Enfin c’est ce qu’elle croit. Avec peu de moyens, mais beaucoup d’humour, ces 4 comédiens endossant tous plusieurs costumes font de cette pièce catastrophe un grand moment de dérision. Un travail de précision est encore à fournir pour en faire une pièce complète, ce qui n’empêche pas que cela soit prometteur.

Capsule 2 : Le rite (Texte : Ingmar Bergman, Mise en scène : Julien Téphany, assité d’Anne Azoulay, avec : Bernard Bloch, Laurent Prévot, François Caron, Anne Azoulay) Trois comédiens se voient accusés pour le caractère outrageant de leur spectacle, sans qu’il ne soit précisé en quoi celui-ci consiste véritablement, ni ce qui en fait une œuvre transgressive. Un juge les reçoit, d’abord en groupe puis un par un pour trancher sur le caractère définitif de cette interdiction. Cette pièce est extrêmement rythmée avec des comédiens que l’on sent aguerris, et un rôle central d’une femme fatale qui joue à merveille les femmes fragiles, et qui sera au cœur du dénouement. De la première à la dernière minute, on est emportés par ces personnages et par le mystère qui se cache sous le fameux « rite » qui se joue pendant leur spectacle. Et par ce renversement permanent des rôles entre dominants et dominés. Une jolie découverte qui mérite d’être prolongée sur d’autres scènes.

Capsule 3 : Tous les garçons (et les filles) (Texte et mise en scène : Inès Loizillon et Alice de Lencquesaing, avec : Stéphane Soo Mongo, Pierre-Antoine Billon, Clément Métayer, Théo Cholbi) Quatre garçons sont ensemble dans les vestiaires d’un tournoi d’escrime, attendant chacun qu’on les appelle. Chaque départ ou arrivée de l’un d’entre eux après le combat s’accompagne d’un changement d’ambiance. Une idée simple sur le papier et pourtant un joli tour de force que de montrer l’intimité de quatre jeunes hommes. Leur ennui, leurs espoirs, leurs questions sur les femmes, leur rapport à la compétition sportive et plus généralement à la compétition entre hommes. Leurs rires, leurs moments de silence, leur besoin de se battre, l’amitié qui les lie, au final, malgré les tensions et les moqueries. Cette petite tranche de vie apporte un regard très tendre sur ces quatre garçons qui sortent de l’adolescence, avec une interprétation très travaillée et un coup de cœur personnel pour l’agilité de Pierre-Antoine Billon (et aussi un peu pour son regard perçant je l’avoue). Un moment suspendu où l’on rentre dans cet univers plein de charme. Tout en se demandant si le concept est transposable dans une forme plus longue.

Capsule 4 : Justice(s) (Texte : Sophie Le Tellier et Samantha Markowic, Mise en scène : Samantha Markowic, avec : Sophie Le Tellier et Samantha Markowic) A l’issue de leur garde à vue, différentes personnes arrivent devant le substitut du procureur, qui doit décider s’ils passent ou non en comparution immédiate. Les 2 auteurs-comédiennes, qui se relaient dans le rôle de l’accusé ou du substitut, ont à cœur de faire partager la psychologie de ces primo-délinquants qui ne nient pour aucun ce qui leur est reproché. Rebelles dans l’âme, au bout du rouleau, coupables d’un moment d’égarement, plus ou moins conscients des peines qu’ils encourent, ces personnages ont tous une dimension attachante qui ne minimise pas pour autant la portée de leurs actes. Ces séquences très humaines montrent la difficulté d’un métier qui nécessite à la fois empathie et fermeté. Elles ont aussi un effet loupe sur certains travers de la société aujourd’hui. Sympathique et touchant.

Au final, cette soirée fût plus qu’agréable, avec de la bonne humeur partout, sur scène et dans le public, et l’envie de retrouver certains textes ou acteurs très prochainement.

Soirée 2 : La Déception

Après huit jours de pause, et dans l’élan de bonne humeur de ma première soirée, me revoilà donc, le jeudi de l’ascension, sous un soleil radieux, à l’heure pour me régaler de ces cinq nouvelles pilules qui figurent sur le programme. Jour férié oblige, les gens se sont donnés rendez-vous, et la salle est vraiment comble. Avant même que la première pièce ne commence, certains ont trouvé le moyen de se glisser furtivement dans la salle et d’étaler leurs manteaux pour réserver les meilleurs sièges pour tous leurs amis. Ambiance donc. Mais qu’à cela ne tienne, je tiens à passer une bonne soirée, et puis il reste tout de même bien assez de places dans la salle. Accueil toujours souriant, mot d’usage sur les téléphones portables et extinction des lumières, nous y voilà.

Capsule 5 : Rappelez-moi le titre, déjà (Texte : Jean Bois, Mise en scène : Marianne Epin, avec : Catherine Laborde, Marianne Epin, Henri Courseaux, Emma Bergmann, Maxime Coggio) Un couple plutôt âgé se trouve dans son salon jonché de détritus et objets non rangés et l’on comprend très vite qu’ils sont à moitié siphonnés et ne se souviennent de rien. Bref, leur cerveau est à peu près aussi en ordre que leur appartement sans pour autant que cette excentricité ne soit attribuable à la sénilité ou la maladie d’Alzheimer. Bref, on les voit s’égarer et délirer à moitié quand arrive la femme de ménage dépêchée par l’assistance sociale. Un bon cliché d’employée de maison portugaise qui manque de s’étrangler en voyant le bazar mais ne se décourage pas et prépare un plan d’attaque contre la saleté. Puis on voit apparaître le fils devenu grand et sa fiancée, le jeune homme semblant un tantinet stressé à l’idée de présenter l’élue de son cœur à ses deux excentriques de parents (et on le comprend un peu). Retour au royaume du bazar après un déjeuner arrosé partagé avec Mme Sanchez la portugaise et début du rangement. Noir puis arrivée du fils. Présentations et partage de l’apéro. Puis noir final. J’avoue avoir été très sceptique devant ce petit bout de boulevard un peu caricatural, sans dialogues croustillants, sans vraiment de rythme, et sans originalité non plus dans le scénario. Le spectacle est pourtant d’ores et déjà programmé pour l’été. Je pense passer mon tour sans regret.

Capsule 6 : Vertige(s) (Texte et mise en scène : Hubert Benhamdine, avec : Magalie Genous, Julie Sigana, Clotilde Daniaud, Hubert Benhamdine, Teddy Mellis) Changement d’ambiance complet pour cette deuxième représentation de la soirée qui nous emmène dans un monde futuriste, gouverné par une sorte de grand gourou du nom de Maitreya, à la tête de la société superpuissante Dreamance. Un univers inspiré certainement par bon nombre de films de ce genre, avec des acteurs qui ont une pêche d’enfer et arrivent avec peu de moyens à en restituer l’ambiance. Deux jeunes humaines vivant dans les profondeurs des sous-sols (parce que plus on est haut dans la hiérarchie, plus l’on vit proche de la lumière du jour et inversement) se voient offrir un séminaire d’Amélioration avec le grand Léo, qui leur permettra peut-être de sortir de la médiocrité et de s’élever près des meilleurs. Mais rien ne se déroulera comme prévu. Menée tambour battant, cette création fût la bonne surprise de la soirée et la seule à me laisser réellement sur ma faim (au risque de vous gâcher la suite de la lecture). On sent que tous croient au projet et s’y sont réellement investis, et il y a déjà à ce stade beaucoup de très bonnes idées qui méritent d’être développées.

Capsule 7 : Iblis est notre histoire (Mise en scène : Patrick Piard, avec : Jeremy Buis, Clément Chébli, Marc-Henri d’Hombres, Etienne Durot, Yves Jégo, Sabrina Marchese, Jenny Mutela, Victor Pontecorvo, Eugénie Ravon, Julie Roux, Raymond Dikoumé) Il est difficile voire impossible de raconter cette expérience scénique. Cela commence par un long chant incantatoire où tous les acteurs (plus nombreux encore que ceux cités) rentrent sur scène en chantant un air de magie noire ressemblant à un hymne religieux. Puis une des comédiennes s’allonge nue sur un coffre pour ce qui ressemble à un exorcisme et on lui verse de la fausse cire sur le ventre et du faux sang sur la bouche avant l’arrivée d’un horrible montre qui est sans doute le diable. Puis un associé du diable convainc un bluesman de lui vendre son âme. On voit ensuite arriver un homme entièrement couvert de faux sang escorté par 2 femmes qui veulent le faire céder (à quoi, on ne saura pas), et encore d’autres personnages totalement barrés. On ne comprendra jamais ce qui lie toutes ces micro-séquences. Cela est sans doute original, ou alors fait pour les esprits vraiment ouverts et capables de conceptualiser cet ensemble incohérent qui confond provocation avec intelligence. J’imagine que les hommes y auront trouvé un peu de plaisir des yeux devant la jolie jeune femme dénudée. Pour le reste, je n’ai personnellement aucunement été touchée.

Capsule 8 : 3 sœurs + 1 (Texte : adapté de Tchekhov, Mise en scène : Thierry Harcourt, avec : Julie Debazac, Noémie Elbaz, Deborah Grall, Baptiste Marcenac) Olga, Macha et Irina ont perdu leur père bien-aimé il y a déjà un an, des années après leur mère, et vivent avec leur frère Andreï, qui leur impose son mariage avec une jeune femme qu’elles n’apprécient guère et qui tient à trouver sa place elle aussi. Les 3 sœurs se réfugient sans cesse dans leur imaginaire, entre passé révolu et futur fantasmé. L’ensemble est très bien interprété, avec sobriété mais inventivité. On sent que l’on est face à des comédiens aguerris et talentueux, ce qui est en soi agréable. Malgré cela, la trame en elle-même est trop réduite pour que l’on réussisse à accrocher à l’histoire. Sans doute un inconvénient du format court.

Capsule 9 : PFFFFF (Texte : Romain Cottard et Paul Jeanson Mise en scène :Noam Morgensztern, avec : Sophie de Fürst) Idée originale que celle de ce spectacle. Nous plonger en plein cœur d’une formation professionnelle ou en tout cas, d’un cadre qui y ressemble. En disséquant avec humour les pratiques qui y ont cours, des 3 heures de conférences suivies de travail en petits groupes avant réunion de l’ensemble des participants pour une séance plus participative. Sophie de Fürst anime donc cette troisième partie de journée qui doit aboutir sur la révélation de la réponse à LA question, scellée sous enveloppe. Une idée de départ originale portée par une jeune femme pleine de pep’s, avec pas mal de bonnes trouvailles. C’est hélas parfois un peu décousu, ce qui n’empêche pas d’avoir le sourire aux lèvres. Un peu de rôdage sur un temps plus long et l’on n’aura plus d’yeux que pour cette enveloppe.

Une soirée très en demi-teinte, surtout en comparant à celles vécues les autres années et encore à peine quelques jours avant. L’affluence y contribuait sans doute, avec beaucoup de gens impliqués sur l’une ou l’autre des formes courtes présentées et qui venaient dans une perspective de congratulations et d’autocongratulations. Et il manquait, sauf pour Vertiges, cette petite touche de créativité qui selon moi fait vraiment l’originalité et l’attrait du festival.

Soirée 3 : Le Ravissement

Bien déterminée à ne pas rester sur un échec, j’ai rempilé vendredi 30, dès le lendemain de l’ascension, pour une troisième et ultime tentative. Avec toujours un bon ton de remplissage, mais dans une plus grande harmonie que la veille. Haut les cœurs donc, me suis-je dit, et que le spectacle re-re-commence.

Capsule 10 : Bilan de compétences (Texte : Xavier Claudon, Eric de Montalier, Julien Boisselier, Mise en scène : Julien Boisselier, assisté de Lou Bonetti, avec : Eric de Montalier) Cela a très bien commencé ce bilan de compétences. Moi au premier rang, Julien Boisselier sur la scène, avec Eric de Montalier, le héros donc, Lou Bonetti, second rôle, et Pierre Tirmont avec son matériel lumière et son. Original comme configuration d’avoir la régie, le metteur en scène et son assistante sur scène mais pourquoi pas. Et puis c’est quand même Julien Boisselier, dont je n’oublierai jamais la performance dans le film « J’me sens pas belle ». Enfin, passons sur l’introduction, et venons-en au vif du sujet. L’histoire de cet homme ayant atteint la quarantaine, grand fêtard devant l’éternel, que sa femme finit par quitter à force de le voir s’amuser ailleurs et qui, voulant la récupérer, décide de faire un bilan de compétences. Décision complètement à côté de la plaque parce qu’en fait, il ne cherche pas de reconversion professionnelle, mais une façon de pouvoir revenir au foyer. Avec une présentation de 30 minutes qui reprend ce qui est supposé être les « meilleurs moments » du texte. Du coup, les spectateurs sont largués, à la fois parce qu’ils ont les coulisses sous les yeux avec tous les changements de costumes et d’accessoires à découvert, et parce qu’ils ne comprennent pas le fil directeur. Au final, il est impossible de dire si l’œuvre complète a un réel sens ou non.

Capsule 11 : Dame Fleur (Texte : Justine Bruneau, Mise en scène : Tadrina Hocking, avec : Justine Bruneau, Judith Caen) Toujours armée d’un solide optimisme, et même si je n’avais pas été fascinée par le tout début de soirée, j’avais un solide espoir de remonter la pente. Et j’avais raison. Déjà, le décor nous emmène ailleurs, avec ce faux magasin de fleurs qui sent bon la verdure grâce à un panneau rempli de branchages et de quelques fleurs. Une femme sortie faire une course et surprise par une pluie torrentielle trouve donc refuge dans ce lieu accueillant, tenue par une fleuriste enthousiaste bien qu’un peu excentrique. D’abord sur la réserve et désireuse de rentrer chez elle au plus vite pour ranger sa cave avant l’arrivée du plombier qui doit y intervenir, elle va se laisser peu à peu gagner par le monde qui l’entoure. Mais quel est réellement ce lieu ? Le mystère plane. Un vent de fraîcheur souffle sur cette œuvre résolument contemporaine, portée par ces deux jeunes artistes, avec une performance notable de Justine Bruneau en amoureuse de la nature faussement gentille et innocente. Une belle réussite sous sa forme actuelle, avec un large champ possible pour en faire une pièce plus étoffée.

Capsule 12 : In heaven, everything is fine (Texte : Eric Herson-Macarel, d’après Dostoïevski, Mise en scène : Eric Herson-Macarel, avec : Anthony Boullonois, Sophie Dufouleur, Gilles Kneusé) Un homme reclus au fin fond d’un sous-sol depuis très longtemps se remémore sa rencontre, bien des années avant, avec une fille dont il a été éperdument amoureux et dont il n’a de cesse de rêver depuis. Du sauvetage de la demoiselle d’une voiture qui aurait pu la renverser à l’apprentissage de son histoire et aux déclarations enflammées de cette jeune femme amoureuse d’un autre, chaque étape est scrutée avec intelligence et humour fin. Ce coup de foudre non partagé qui serrera le cœur de l’homme, avant qu’il ne s’abandonne quand même à l’espoir d’un changement, en résume très bien tant d’autre, avec leur cruauté mais aussi leur beauté. Et puis, l’on voit aussi cette confiance qui s’installe chez la demoiselle envers l’homme qu’elle finira par trahir. Le thème de l’amour non réciproque et de ses conséquences est peu abordé au théâtre, il l’est ici avec beaucoup de subtilité, des acteurs qui en font ni trop, ni trop peu, et de chouettes costumes. Comme le dit le titre, au paradis (des fauteuils confortables), tout va bien (pour le public)

Capsule 13 : Dona Rosita la Célibataire (Texte : Federico Garcia Lorca, Mise en scène : Chloé Rossignol, avec : Sophia Alma, Laureen Debray, Eloïse Hérault, Fabien Hily, Cristina La Mia, Ludivine Maffren, Polchu) Cette capsule a été mon COUP DE CŒUR du festival cette année. L’histoire est celle de Dona Rosita, une jeune femme follement amoureuse de son cousin parti au loin mais qui continue de lui écrire. Alors elle l’attend. Lorsqu’il lui propose un mariage par procuration, elle n’hésite pas une seconde et ne doute pas de sa sincérité et de son retour imminent. Seulement, lui ne reviendra jamais et les années passeront sans que cette femme profondément éprise ne cesse d’espérer. Toute la beauté du spectacle réside dans l’intégration du flamenco dans le spectacle, qui fait ressortir l’intensité dramatique de cette vie sacrifiée. Cinq danseuses accompagnées de deux musiciens interprètent ces différents tableaux avec énormément de grâce et dans des chorégraphies superbes. En faisant preuve du même investissement du corps et des émotions lorsqu’elles s’expriment par la voix. C’est frais et fluide et surtout magnifique, et j’aurais aimé que cela ne s’arrête pas au bout de la fatidique demi-heure impartie.

Capsule 14 : Nulle part à l’heure (Texte et mise en scène : Alexandra Cismondi, avec : Joséphine de Meaux, Yannik Mazzilli, Rudy Milstein, Joséphine Draï, Alysson Paradis) Louise est une jeune femme qui après un choc traumatique sept ans avant, oublie tout ou presque depuis ce jour. Elle ne se souvient pas que sa meilleure amie Léa est morte, que son copain l’a quittée, elle ne se souvient plus non plus qu’elle a demandé un verre d’eau cinq minutes avant. En ce mois de mars, son ex toujours présent et ses anciens amis viennent la voir pour une fausse cérémonie de Noël. Les souvenirs des uns et des autres ressurgissent pour tenter de faire recouvrir à Louise la mémoire de ce qui s’est passé depuis le départ de Léa. Et l’on découvre les histoires de cœur et de fesses entre les uns et les autres. Se voulant une chronique de la génération des trentenaires, cette pièce véhicule pas mal de clichés, mais tant le scénario que l’interprétation en sont fluides et réussis. Nul doute qu’elle saura trouver son public.

Cette troisième soirée fut plus que plaisante, le numéro 13 m’ayant particulièrement porté bonheur. Elle montrait vraiment la diversité des formes de création, avec des comédiens que l’on sentait tous impliqués et un public enthousiaste, venu véritablement pour le plaisir de la découverte.

Sur l’ensemble du festival, j’ai trouvé cette année une petite baisse de niveau. On y voyait davantage de têtes d’affiches et moins d’efforts faits dans plusieurs spectacles pour cadrer au format imposé, comme une sorte de bande annonce ne pouvant pas totalement se regarder seule, sans revenir pour la suite. Cela n’a pas pour autant empêché des jeunes compagnies de se détacher du lot. Rendez-vous en 2015 pour de nouvelles capsules. Et pour ceux qui ne connaissent pas cette initiative, il vous reste 6 soirées pour découvrir.

Plus d’infos :

Mises en capsules

1 Juin

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Pour ceux qui suivent mes chroniques théâtrales depuis quelques temps, vous avez inévitablement retenu que j’apprécie le Ciné 13 Théâtre pour sa programmation, certes, mais aussi pour ses grands canapés et fauteuils rouges des premiers rangs, dans lesquels il fait bon passer la soirée en contemplant le spectacle. Mais il est une autre raison qui me fait apprécier ce théâtre, c’est la place donnée à la créativité, et ce en particulier avec le Festival Mises en Capsules, qui fête ses sept ans cette années. L’an dernier, je m’y étais rendue un peu par hasard, sans savoir à quoi m’attendre, et j’y avais passé une soirée exceptionnelle.

Donc cette année, pour bien faire les choses, j’y ai réservé deux soirées consécutives. Mais je vous en parle comme si vous ne connaissiez que cela, il est quand même grand temps que je vous explique de quoi il s’agit. Mises en capsules, c’est donc le festival des formes courtes théâtrales. Concrètement, chaque soir sont présentés cinq spectacles d’une durée d’une demi-heure chacun, avec à chaque fois une pause de 10-15 minutes pour changer les décors. Donc à 19h, première « capsule », à 22h30-40, fin de l’aventure, rompez les rangs et rentrez chez vous (ou flânez dans les bars montmartrois qui valent bien le coup de s’y arrêter). Au total, 15 spectacles sont donc sélectionnés, présentés donc « en trois boîtes de cinq capsules », ce qui fait que pour tout voir, il vous faudra libérer trois soirées sur les trois semaines que dure l’évènement.

Ce qui est génial, dans ce concept, c’est de découvrir une immense diversité de styles et de talents en un temps record, le tout dans une ambiance atypique. Parce qu’en effet, d’un spectacle à l’autre, la salle peut se remplir totalement, puis se désemplir. Certains arrivent dès le départ, d’autres au 2ème ou au 3ème round. Dans le même temps d’autres s’en vont, les artistes qui jouaient avant arrivent. D’autres encore « sèchent » un tour le temps de s’abreuver et de converser au bar du théâtre. Beaucoup d’amis ou de proches aussi, venus encourager les comédiens. Un public qui est donc issu pour une forte part du monde de l’art au sens large, que l’on sent « en famille » lorsque l’on est un simple quidam spectateur de passage. Mais pour ne pas nous laisser en rade, les temps de pause sont animés par deux charmantes pompières poétesses, déclamant du Wilde, du Baudelaire, du Rostand, du Molière, et autres illustres auteurs.

Mais j’en viens à l’essentiel, mes petites capsules (qui conviennent bien à l’intoxiquée du spectacle vivant que je suis). A cause d’un petit souci de transport public, je suis arrivée en retard le 2ème soir, mais cela me laisse 9 impressions à vous conter (dans l’ordre de visionnage). Comme le concept est celui du raccourcissement, j’essaierai pour une fois d’être brève sur chacun :

Quelque chose à voir avec l’éternité : L’histoire résumée de la peinture du plafond  de la chapelle Sixtine par Michel-Ange. Trois protagonistes : le Pape Jules II, qui voit dans cet œuvre le moyen de marquer son empreinte, le peintre lui-même, et son homme à tout faire. Des comédiens chevronnés, qui ont du bagage, déclament bien, et montrent bien à la fois la folie et le génie de Michel-Ange, son orgueil et son perfectionnisme, son talent surtout. Un moment fort sur un sujet peu souvent traité au théâtre, dans lequel la religion est montrée avec pudeur et respect, l’art de la même manière, ce qui n’empêche pas une ou deux phrases d’humour bien placée sur chacun.

Garance et le Docteur Q : Garance, jeune femme bien contemporaine, va voir un sexologue suite aux sympathiques réflexions de son mec qui la traite de « cuiller en bois ». Elle dit être là pour devenir « une bête de sexe ». Et elle n’a pas la langue dans sa poche pour justifier ses complexes, sa supposée nullité ou son désarroi lorsque son « charmant » compagnon la largue pour sa meilleure amie. Mais elle poursuit quand même les séances, réagissant très vivement à chacune des questions posées… jusqu’au jour où le clash éclate avec ce thérapeute du corps humain. Sur ce coup-là, le titre annonce bien la couleur, et c’est très drôle, très contemporain, très bien vu et en arrivant à ne pas tomber dans la vulgarité, même lorsque les phrases sont cash. Une demi-heure de rigolade non-stop devant cette actrice déchaînée et son très posé sexologue, mes zygomatiques sont heureux.

Les soirées plaisantes : Fin de l’été, les professeurs et le représentant des parents d’élèves d’un établissement secondaire se retrouvent pour la réunion de pré-rentrée. L’occasion de présenter deux nouveaux arrivants, un assistant venu du Brésil, et la prof d’arts plastiques. Après les embrassades de retrouvailles, place à l’ordre du jour : et l’on débat de cantine, de critérium, d’origines ethniques, de recyclage du plastique contenant l’encre des bics, de critériums, de gommes, de matériel sportif et autres questions cruciales… Le tout dans la joie et le plus grand désordre. Il fallait y penser et cette troupe de jeunes s’en sort avec succès, réussissant parfaitement à assurer aussi bien dans la scène de retour de vacances du début, où tout paraît naturel, tant les dialogues que les saluts des uns aux autres, qu’une fois assis dans un bel arc de cercle. Et ils ne manquent pas d’idées originales et créatives pour nous donner envie… de n’être que les spectateurs, et jamais les acteurs de ce type de réunion ! Lire la suite

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