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Il faut que je parle à quelqu’un

12 Mar

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Ce jour-là était un jour comme tous les autres. Ou disons que ce jour-là semblait se dérouler comme tous les autres. Elle s’était levée avec son réveil, s’était préparée selon un rituel quasi-immuable, avait pris son café et une tartine et était partie travailler. Allumage de l’ordinateur, vérification des e-mails, réponse aux messages les plus urgents et matinée se déroulant dans une routine des plus ordinaires. A la cantine, les plaisanteries habituelles des collègues avaient fusé et l’après-midi se passait sans signe de perturbation particulier. Jusqu’au moment où, consultant son téléphone, elle avait vu ce message : « il faut que je parle à quelqu’un, es-tu disponible ce soir ? ». Elle s’était d’abord demandé si ce n’était pas une erreur. Certes, David et elle se connaissaient bien et depuis longtemps, mais elle n’était pas sa confidente attitrée. Et le SMS ne contenait pas de prénom, il aurait tout aussi bien pu s’agir d’une erreur de destinataire. Dans le doute, elle décida de le rappeler pour vérifier que cétait bien sa présence qui était souhaitée.

Lorsqu’il décrocha, il lui dit d’emblée qu’il était content qu’elle le rappelle. Plus de doute donc, il voulait la voir. Elle avait prévu d’aller au cinéma avec des amis mais elle pouvait annuler vu l’importance que cela semblait revêtir aux yeux de David. Elle se demandait d’où venait ce soudain besoin de se confier, s’il s’agissait d’un événement grave ou heureux, pourquoi précisément à elle, en quoi cela pouvait la concerner, ou en quoi elle pourrait se révéler d’une aide précieuse. Les hypothèses fusaient dans sa tête, l’empêchant de se concentrer comme il l’aurait fallu. Au téléphone, elle l’avait senti fébrile mais pas abattu, ce qui l’avait un peu rassurée. Ils s’étaient donné rendez-vous dans le bistrot où ils se voyaient toujours à vingt ans avec leurs amis communs de l’époque, un petit bar musical du côté d’Odéon. Ce retour dans leur passé étudiant après tant d’années l’amusait. Aujourd’hui, ils approchaient tous les deux des deux fois vingt ans. Lire la suite

Blind date

22 Fév

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Le titre de cette nouvelle pièce du théâtre de la Huchette, célèbre pour être LE théâtre parisien dédié à Ionesco (la cantatrice chauve s’y joue sans interruption pour la 59ème année consécutive) induit volontairement en erreur. Parce que l’on s’y attend naturellement à l’une de ces rencontres arrangées entre deux âmes esseulées ayant accepté de faire confiance à l’intuition de proches bien intentionnés.

Et pourtant, première jolie surprise, ce texte de l’argentin Mario Diament, traduit pour l’occasion par Françoise Thanas, nous emmène loin de l’univers du dîner galant. Dans un parc précisément, illuminé des couleurs du début du printemps. Enfin c’est ce qu’il nous est donné d’imaginer. Parce que, comme le personnage principal, nous ne le verrons pas. Il est aveugle, nous le serons aussi. Ce rendez-vous , c’est en effet celui d’un vieil écrivain ayant perdu la vue. Un rôle presque sur mesure pour Victor Haïm, auteur de théâtre prolixe qui, pour fêter dignement ses 80 ans, s’offre un passage sur les planches où il n’était pas monté depuis 34 ans. Lire la suite

Poncifs pour célibataires

28 Déc

célibat

Mesdames, messieurs, mesdemoiselles,

les fêtes de fin d’année sont bien arrivées et avec elles les fêtes familiales ou amicales avec repas pantagruéliques et sujets qui fâchent à l’appui. Et pour ceux et celles qui ne sont pas équipés d’une belle-famille plus ou moins encombrante faute de conjoint et s’en félicitent en entendant les racontars de leurs frères / sœurs / meilleurs amis / collègues / connaissances, et se félicitent donc d’échapper aux reproches plus ou moins subtilement masqués de leurs affreuxbeaux-parents, c’est aussi l’heure d’aborder les sujets qui fâchent. Sujets qui seront réabordés sous un autre angle lors du réveillon du 31 que vous avez accepté faute de mieux ou de courage pour dire que vous préféreriez comme les couples rester chez vous tranquilles à revoir « la vie est belle » de Frank Capra devant un plateau télé sans bûche parce que les agapes, au bout de 5 jours, vous n’en pouvez plus. Notez qu’en général, ces constats vicieux et mesquins petites phrases bien intentionnées sont prononcées à bien d’autres moments dans l’année. La différence en décembre est qu’en dix jours, vous allez toutes les entendre, surtout si vous avez plus de 30 / 35 ou 40 ans selon le degré de patience de votre entourage face à votre « situation de célibataire ». Petite revue donc, des phrases auxquelles il est difficile d’échapper :

Tu as quelqu’un en ce moment ?

Cette phrase est un piège pur et simple, qui vise soit à alimenter le carnet à potins de votre interlocuteur (le plus souvent une interlocutrice, il faut le dire), soit à ouvrir la voie à d’autres questions plus indiscrètes sur le quelqu’un en question, soit à ouvrir la voie à d’autres questions plus indiscrètes sur l’absence en question du quelqu’un. Bref, sauf à être face à une personne très bienveillante à la discrétion de laquelle vous pouvez entièrement vous fier, il ne faut pas répondre à cette interrogation. Le mieux est de trouver un échappatoire, en renvoyant une question à la personne sur son couple (parce que les personnes non en couple, ne voulant pas qu’on les questionne, resteront discrètes), soit en expliquant qu’en ce moment, notre vie se concentre sur un projet particulier. Ou tout autre échappatoire susceptible de fonctionner.

Qu’est devenu Cyprien / Gwendoline ?

Parce que oui, vous avez cru à votre histoire passée et présenté votre ex à vos proches. Qui à l’époque n’ont pas tellement caché leur désapprobation sur telle ou telle imperfection de votre ancien amour susmentionné. Naturellement, toute personne prononçant ces 4 mots se préoccupe en réalité tout autant de savoir si Cyprien et Gwendoline coulent des jours ensemble tous les deux aux Maldives après être sortis de votre vie que de de savoir si les Estoniens aussi se retrouvent avec des chaussettes manquantes à la fin de leurs lessives. Elle veut savoir quelle raison vous a fait rompre. En espérant plus ou moins consciemment que c’est de votre faute et qu’elle pourra vous donner des conseils pour ne plus commettre cette inqualifiable faute. Seule solution : rester vague et ne rien dire à charge contre l’autre. Vous vous êtes aperçu tous les deux que votre couple ne fonctionnait pas, point barre. Et si votre tantine / pote de réveillon insiste, c’est le moment de faire diversion en faisant référence à l’œillade lancée par sa tendre moitié à un autre des convives présents. Lire la suite

Rencontre et calendrier

30 Oct

Il m’arrive de temps à autre de parler ici de l’amour et de ses déboires, et de constater que cela suscite en vous qui vous aventurez sur ces pages plus d’intérêt que le conflit actuel au Yémen ou la remilitarisation de la frontière orientale de la Pologne pour ne prendre que les nouvelles d’aujourd’hui. Oui, je reconnais que je viens de vous plomber un peu l’ambiance mais il m’arrive aussi de m’intéresser à des choses éminemment sérieuses et importantes entre un coup de gueule sur le métro parisien et un taillage de costard en bonne et due forme aux parasites en tous genres qui envahissent nos journées.

Après donc cette brève introduction géopolitique, j’en reviens sans transition bien pensée à ce qui fait sans conteste parler depuis des siècles et pour encore quelques millénaires sans doute (amis de l’environnement, on a dit que la parenthèse sérieuse était terminée, merci de vous abstenir de toute récrimination sur le réchauffement de la planète). Il est donc temps de parler de ce lien entre ces deux êtres si imparfaits et si affreux (ce n’est pas de moi, c’est de Musset, rien à voir avec Musso) et plus précisément du moment où ce lien se crée, à savoir la rencontre. Lire la suite

De l’encre dans un jardin japonais

13 Jan

Chers lecteurs, ces derniers jours, mon rythme de publication intense s’est un peu ralenti. Rassurez-vous , je n’ai pas cessé d’écrire en 2014. J’étais juste en train d’écrire un récit un peu plus long, ma toute première nouvelle, dont je poste le début et dont vous trouverez le texte intégral à la suite. Bonne lecture, j’espère que cela vous plaira.

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C’était un après-midi d’été dans un jardin public. Pas un de ces microscopiques jardins qui veulent donner l’illusion d’un espace aéré au milieu du poumon encrassé de la ville. Un vrai jardin public, spacieux, avec deux vastes espaces verts bordés d’arbres, à la pelouse fraîchement tondue, séparés par un chemin de terre, et, au fond de l’un de ces deux espaces, un jardin japonais, où l’on se sentait comme coupé du monde.

Elle était là, dans ce jardin japonais, dans le coin le plus reculé, profitant de la douceur de l’ombre, un livre à la main. Elle prenait un air concentré, se plongeant toute entière dans la lecture, l’expression de son visage donnant l’impression qu’elle vivait réellement l’histoire. On pouvait tour à tour la voir sourire, puis froncer les sourcils, avant de s’apaiser, puis de re-sourire. Et d’un coup, invariablement, à chaque fois qu’elle tournait une page, sa tête se redressait et se tournait invariablement vers la gauche puis vers la droite, comme un rituel, avant de revenir de son axe et que ses yeux ne replongent dans l’histoire. En observant ce mouvement, on pensait au départ qu’elle guettait l’arrivée de quelqu’un. Mais cette gymnastique se faisait avec une telle précision et un regard si fixe que l’on en venait à s’interroger sur le sens de ce geste. Un étirement, une façon de se reconcentrer, ou bien en effet, un geste marquant la quête de l’arrivée d’une autre personne, rien ne permettait de le dire avec certitude.

Je ne sais ce qui à l’origine me fit m’arrêter à cet endroit précis où je la voyais jouer cette étrange chorégraphie cet après-midi-là. Je me souviens en plus qu’il me tardait alors de rentrer chez moi pour profiter de la douce quiétude de mon appartement à cette époque où pratiquement tous mes voisins étaient partis en vacances. Peut-être simplement la présence inhabituelle d’une personne dans ce coin du jardin toujours désert, qui rompait avec la configuration familière du lieu. Ou ces parents avec leur double poussette qui m’obligèrent à m’arrêter pour leur laisser le passage. Toujours est-il que je restai là à l’observer.

Alors qu’elle tournait la page pour la 7ème fois, une autre femme vint s’asseoir près d’elle, l’air désordonné, gesticulant de tous côtés. D’où je me trouvais, je ne parvenais à entendre environ qu’un mot sur cinq de ce que racontait la nouvelle arrivante, qui parlait avec autant de volubilité qu’elle s’agitait. Le contraste entre les deux femmes faisait ressortir encore plus fortement le mystère de mon inconnue. Oui, je l’appelle mon inconnue, parce que pour moi, elle était une véritable découverte. Je ne soupçonnais point jusqu’alors qu’il existât des femmes dont la seule façon d’être et de se mouvoir pouvait être fascinante. L’amie – parce que j’émis l’hypothèse qu’elle était une amie- fouillait frénétiquement dans un grand sac en toile à la recherche d’un objet qui s’avéra être un stylo comme ceux que nous avions à l’école primaire, lorsque nous apprenions à écrire munis de nos cahiers et buvards. Elle le tendit à ma lectrice et s’éclipsa, à grands renforts de gestes insistants pointant sa montre d’un côté, son téléphone portable de l’autre.

Je vis alors mon inconnue poser délicatement son livre sur l’herbe où elle était assise, et examiner le stylo avec une minutie et une délicatesse qui ne firent que renforcer mon attention et ma curiosité. Elle retira le capuchon, griffonna un trait sur le revers de sa main,  geste qui me renvoya là aussi des années en arrière, lorsque les filles se dessinaient des cœurs et des étoiles sur le poignet, puis plus tard lorsqu’elles se servaient de nos poignets pour inscrire leur numéro de téléphone, que nous pouvions ainsi brandir fièrement comme un trophée. Noyé dans mes souvenirs, je m’approchai d’elle sans même m’en rendre compte lorsque je vis une larme couler le long de sa joue. Troublé, je me figeai sur place, ne sachant comment réagir, et réalisant soudainement que je me trouvais à moins de dix mètres d’elle et juste dans son champ de vision. Elle ne tarda pas à remarquer sa présence, tandis que d’autres larmes perlaient, désormais des deux côtés de son visage. Là encore, elle me surprit, en me fixant droit dans les yeux, sans chercher à masquer son trouble. Comme hypnotisé, je me décidai à franchir ces quelques mètres, ayant l’impression de marcher sur une fine branche d’arbre suspendue au milieu d’une rivière, et je m’assis en face d’elle.

Je ne dis rien alors, entièrement concentré sur son regard, comme si nos yeux conversaient sans qu’aucun mot n’ait besoin d’être prononcé. Au bout d’un moment dont je ne saurais estimer la durée tant le temps paraissait suspendu, je vis sa gorge se serrer l’espace d’un instant, ne sachant si elle allait fondre en larmes ou s’apaiser. Elle se tourna alors, découvrant son sac duquel elle sortit un mouchoir de son sac toujours avec une grâce énigmatique, se moucha pudiquement, se cachant à moitié de moi, et continua à me tourner le dos, respirant lentement, retrouvant peu à peu tout son calme. Puis elle reprit sa position initiale et me regarda avec un air d’une rare douceur. Elle me tendit alors son livre, qui se révéla alors être un cahier sur lequel figuraient des histoires écrites ou dessinées à la plume, toutes sur une double page.

De l’encre dans un jardin japonais : récit complet

Sweet summer sweat

29 Déc

Sweet-Summer-Sweat_reference

L’hiver s’installant progressivement, l’on cherche la chaleur où l’on peut, et il y a quelques jours, je suis allée voir si elle se trouvait au théâtre. Le titre de la pièce, faisant référence à la douce transpiration de l’été (vous comprendrez à ces mots pourquoi beaucoup n’aiment pas traduire les titres anglais) m’a interpellée. Sept petites scènes qui parlent d’amour, de séduction, de regrets, de plaisir charnel, de solitude et de relations. Avec douceur. Sur un ton léger comme un soir d’été. Et sans que les acteurs ne s’épargnent pour ne pas transpirer. D’où le nom.

Il est difficile de résumer cette pièce, parce qu’avant tout elle se regarde, elle est vraiment faite pour être vue jouée sur ce tout petit espace scénique. La rencontre à l’arrêt de bus, l’amour entre vieux à la retraite, les adolescents qui ont envie de passer à l’acte sans assumer totalement, la mère et son fils, je ne voudrais pas non plus trahir trop de surprises. Lire la suite

Rencontrer l’autre

3 Jan

rencontre

En tant que jeune active citadine, j’entends souvent autour de moi et j’exprime moi-même le désir d’élargir mon cercle de connaissances et d’amis. Non pas faute de relations, proches ou lointaines, d’amis fidèles ou de bonnes copines. Mais parce que le temps passant, certains s’éloignent, occupés par des activités associatives prenantes, d’autres se mettent en couple et ont logiquement moins de temps et de disponibilité qu’auparavant. Sans oublier le fait qu’avec les années, chacun traçant son chemin, les envies ou la proximité ne sont plus les mêmes. Et puis, il me faut être franche, nous sommes tous plus ou moins à la recherche de notre futur partenaire / conjoint(e) / ami(e) / compagnon(compagne), choisissez votre dénomination préférée. Et comme il ne nous saute pas aux yeux que celui-ci ou celle-ci se trouve déjà dans notre entourage, nous tentons assez logiquement de diversifier nos horizon. Ce à quoi j’ajouterais que, quelle que soit notre motivation, il est toujours agréable d’avoir davantage d’amis, pour partager nos différentes passions à plusieurs, pour voyager, ou simplement pour rire (ou être sérieux) au diapason.

Nous nous disons donc ouverts à la rencontre, la recherchant même par de multiples moyens, répondant positivement à chaque invitation, pratiquant une ou plusieurs activités régulières, nous inscrivant sur les soirées de réseautage, assistant à des conférences, que sais-je encore… Et pourtant, une fois présent à chacun de ces événements qui pourraient nous faire croiser l’un de nos futurs meilleurs amis ou qui sait, notre futur mari, nous mettons souvent, consciemment ou inconsciemment, beaucoup de freins à la création de ce lien que nous appelons pourtant de nos vœux. Lire la suite

amenaviguante

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mais souris pas ! t'en as sur les dents !

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