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Mais où sont passées les petites civilités ?

27 Nov

civilité 1

L’idée de cet article m’est venue il y a quelques jours, lorsque, haletant sous le poids de deux packs d’eau (18 litres tout de même), et croisant mon voisin de palier en train de fumer tranquillement une cigarette, celui-ci n’a daigné ni m’ouvrir la porte d’entrée ni me la retenir. La fatigue aidant, l’envie de l’invectiver m’a (légèrement) effleurée. La fatigue (et ma grande bienveillance) aidant également, j’y ai renoncé, jugeant que le fait de marquer mon agacement ne contribuerait ni à m’alléger de mes douze bouteilles, ni à calmer l’énervement que je sentais poindre.

Au lieu de cela, je me suis dit que le fait de formuler mon désappointement par écrit serait sans doute, plus libérateur, et que, qui sait, cela pourrait inciter au moins une personne à faire preuve de courtoisie la prochaine fois qu’elle croisera l’un de ses voisins chargé de paquets trop lourds pour ses frêles épaules, ou même chargé de paquets tout-courts, fussent-ils légers comme l’air de la campagne.

Je m’aventure donc ce soir dans un recensement non exhaustif de ces petits gestes en apparence anodins, mais qui, s’ils se multiplient, peuvent contribuer à faire d’une journée médiocre une bonne journée, ou à transformer une journée déjà bonne en une excellente journée (oui, je sais, j’ai employé trois fois le mot journée dans une même phrase, et maintenant cela fait même quatre, mon dictionnaire des synonymes est en grève).

Pour bien commencer, et parce qu’il s’agit de la chose la plus simple et (qui devrait être) la plus naturelle, le réflexe de dire bonjour à chaque personne que l’on croise est une bonne entrée en matière. Je n’irais pas jusqu’à préconiser bien sûr de héler les quidams qui déambulent dans la rue ou de chercher à nouer un dialogue avec votre voisin de métro – encore que rien ne vous en empêche, pourvu que vous soyez prêt à assumer des réactions pouvant aller du simple étonnement à l’agressivité – mais bien de saluer vos voisins lorsque vous les croisez, les personnes avec lesquelles vous prenez l’ascenseur au travail, et plus important encore vos collègues. De la même manière, lorsque vous assistez à une réunion conviviale en famille ou entre amis, il est bon de dire bonjour à l’ensemble des individus présents, ce qui augmentera de surcroît votre capital sympathie bien plus sûrement que le fait de vous diriger droit sur la personne que vous connaissez, interrompant au passage la conversation, et de vous incruster dans le cercle formé avec une fausse discrétion qui risque pour sa part d’attirer sur vous une certaine animosité.  Un autre point important à ce sujet est de dire bonjour sur un ton convaincu et amical, l’effet sera nul voire négatif si vous marmonnez un vague « b’jour » presque inaudible, si vous le dites avec une tête de six pieds de long ou si vous ne regardez pas votre interlocuteur.

Autre élément important, capital même, évitez autant que possible de céder au réflexe de rajouter un « ça va ? ». Cette question se veut officiellement un gage de politesse et de savoir-vivre, en vérité elle en est très loin, encore plus quand elle s’adresse simultanément à plusieurs personnes. Parce que vous aurez affaire inévitablement, parmi vos connaissances, à certaines qui traversent de mauvaises périodes ou qui ont un souci passager au moment où vous leur demandez. Et là, la règle voulant que l’on réponde oui à cette question, vous leur infligez la double peine de leur renvoyer leur(s) problème(s) à la figure et de les obliger à mentir pour faire bonne composition. Pour en revenir à ce que je disais sur le fait de lancer la question à un petit groupe, cela est pire parce qu’il y en aura toujours un sur le lot pour étaler son petit bonheur du moment devant tous les autres, je n’ai pas besoin de développer sur l’impact auprès de ceux qui auraient à priori répondu « moyen » ou « non, pas trop ». En résumé, il est bon de s’enquérir de l’état d’une personne, mais quand on a réellement l’envie et la disponibilité nécessaire pour écouter sa réponse, qu’elle soit positive ou négative (situation dans laquelle le demandeur témoigne de sa civilité, ce qui rentre donc dans le cadre de la liste).

J’en reviens à mon point initial sur la question de tenir la porte aux autres, qu’ils aient ou non les mains encombrées. Cet acte semble en effet en pleine déperdition, alors qu’il s’agit somme toute d’une chose très simple, peu coûteuse en termes d’implication, et qui ne nécessite même pas, comme le fait de dire bonjour, de prononcer un seul mot. Il est évident tout de même que si vous le faites avec le sourire, l’effet bénéfique en sera doublé. Juste un aparté ici pour vous rappeler que ce geste peut être pratiqué auprès de toute personne qui rentre ou sort en même temps que vous à l’endroit où vous vous trouvez, et que vous souffrez encore d’un grave manque de savoir-être si vous le réservez aux belles femmes ou aux éphèbes au postérieur avantageux. Et si vous avez la chance de rencontrer ces rares personnes qui vous facilitent gentiment la vie, n’oubliez pas de remercier, sans quoi non seulement vous passerez pour un mufle, mais en plus, vous risquez de les décourager de poursuivre dans cette voie.

civilité 2

Si vous êtes un (mal)heureux usager des transports en commun, il vous est sans doute arrivé plus d’une fois d’être consterné devant l’attitude des autres usagers lors de l’arrivée du train ou du bus à chacune des stations du parcours. La règle est pourtant simple et clairement énoncée : il faut d’abord laisser les passagers descendre avant de soi-même monter dans le wagon (ou dans le bus). Or, il semblerait que certain(e)s aient visiblement une propension à confondre ce mouvement avec une mêlée de rugby et à foncer dans le tas quoi qu’il arrive, pour certains sans doute du fait d’une hâte que j’avoue avoir du mal à comprendre de se joindre à la foule des voyageurs entassés, pour d’autres dans l’objectif clair et assumé de rafler les dernières places assises. Je vous concède que la fréquentation quotidienne de ces moyens de locomotion n’a malheureusement pas tendance à faire ressortir les aspects les plus humains de notre personnalité, toutefois je ne saurais que trop vous inciter à respecter les conventions établies, pour contribuer à y semer un peu d’harmonie.

Je formule également d’autres suggestions relatives au civisme sur votre temps de trajet. Si vous êtes un tant soit peu compatissant pour l’infortuné qui se trouve à votre côté ou face à vous, évitez en premier lieu de vous curer les dents ou de mâcher la bouche ouverte, l’observation de votre gosier est un spectacle répugnant auquel personne n’a envie d’assister (à réserver à votre miroir de lavabo, seul à pouvoir faire preuve de compréhension dans ce domaine). Ne faites pas non plus semblant de ne pas voir la femme enceinte de 7 mois et demie qui a besoin de s’asseoir : si vous êtes vraiment épuisé(e), dites le lui simplement, sinon faites un effort ; et si vous êtes une personne âgée ou une femme enceinte ayant besoin de s’asseoir, demandez gentiment (il se peut quand même que l’usager assis ne vous ait vraiment pas vu). Enfin, tâchez d’être un minimum vigilant à ne pas mettre des coups de coude involontaires en fouillant dans vos affaires ou à ne pas déplier un journal format double A3 en vous fichant du reste du monde.

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Enfin, et ce sera le dernier point de ma courte liste, si vous avez la chance d’être grand, tous les petits et petites de ce monde vous sauront gré de les aider à attraper l’article en haut de l’étagère au supermarché (et si possible pas le paquet tout devant qui est souvent déchiré ou abîmé). Croyez-le ou pas, c’est un geste que nous savons apprécier, bien davantage que les airs moqueurs des personnes qui nous voient sauter maladroitement ou tenter un numéro d’escalade périlleux pour atteindre notre tablette de chocolat préférée. La même attitude est bienvenue si vous êtes musclé(e) et nous voyez peiner pour hisser notre valise dans le compartiment à bagages (qui de surcroît si vous avez bien suivi est trop haut pour nous).

A bon entendeur, je vous quitte lâchement, sans un sourire et sans vous saluer…

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