De la gestion des relations professionnelles à l’affect

28 Sep

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Nous sommes vendredi soir, donc officiellement un week-end, mais j’avais quand même très envie de vous parler de travail aujourd’hui. Parce que d’abord, quoi que l’on puisse en penser, travailler c’est une chance (demandez à quelques-uns des 3,3 millions d’actifs qui sont inscrits à Pôle Emploi, je pense qu’ils vous le confirmeront). Et puis, parce que tout ce qui a trait à la façon dont le travail s’organise m’intéresse. Cela peut vous paraître étrange, de chercher à comprendre la façon dont cette chaîne faite d’hommes et de femmes, de locaux ou d’infrastructures, d’équipements, se structure pour produire des biens ou des services dont d’autres feront ou non l’acquisition. Mais tout étrange que cela soit, je trouve cela passionnant.

J’ai donc décidé d’entamer ces deux jours de repos en vous parlant de la vie dans l’entreprise. Et d’un sujet que tous les gens qui ont ou ont eu un emploi connaissent : celui des relations professionnelles. Parce que, même pour ceux qui ont un statut indépendant ou libéral, tous les « actifs en exercice » ont affaire, si ce n’est à des collègues, au moins à des fournisseurs, des clients ou des partenaires commerciaux (liste non exhaustive, je vous rappelle que je suis officiellement en période de congé hebdomadaire, donc je ne parle volontairement pas des banques, CCI ou Chambres de métiers, administrations, etc.). Vie des affaires oblige, tout bon professionnel attend de ces acteurs avec lesquels il interagit qu’il serve son intérêt (enfin, ultimement, celui de l’entreprise).

Pour cela, le bon professionnel aura parfois la chance de disposer de bonnes conditions : l’employé qui travaille dans un service où les salariés sont soudés pourra bénéficier de l’aide de ses collègues, le manager aura la possibilité de récompenser les éléments moteurs de son équipe en les augmentant en fin d’année et/ou en leur confiant plus de responsabilités ou un dossier qui les motive, l’artisan allant solliciter un prêt de trésorerie pourra produire des comptes montrant une rentabilité forte et constante, le chef de projet pourra reconduire son prestataire si tout se passe bien…. Mais hélas, ces conditions idéales ne sont pas toujours réunies. Et c’est là que le bât blesse. Comment convaincre l’autre de s’impliquer sur ce que vous lui demandez, ou comment amener votre prospect à vous faire confiance quand vous n’avez aucun argument distinctif à faire valoir par rapport à toutes les autres sollicitations qu’il reçoit ?

C’est précisément ici que l’affect entre en jeu. Volontairement ou involontairement, le comportement que vous adoptez envers autrui va être déterminant dans sa décision de faire passer votre requête avant ou après toutes celles qui lui ont été faites pour la même période. A ce stade, la sympathie est votre meilleure arme. Et là, c’est un peu comme dans les films de Walt Disney, il est agréable de pouvoir affirmer que ce sont les gentils qui gagnent (tout cela est éminemment moral et juste, vade retro les détracteurs des bons sentiments). Les authentiques gentils, je tiens à la préciser, ceux qui disent bonjour tous les jours et pas soudainement la semaine où ils ont besoin d’un café, qui ont régulièrement un mot gentil pour leurs fournisseurs et ne concluent pas tous leurs e-mails par un banal « cordialement », qui prennent de temps à autre le temps d’aider un collègue en lui expliquant où trouver rapidement les informations dont il a besoin, ou comment fonctionne la nouvelle version du pack office… Pour autant, tout n’est pas évident pour ces gentils. Parce que trop souvent, ils n’osent pas « profiter » des bonnes relations qu’ils ont su créer pour obtenir satisfaction avant les autres. Or, même si le recours à l’affect peut en effet avoir un côté légèrement manipulateur, a l’instar de l’effet produit par le sourire d’un beau gosse sur une demoiselle discrète au physique banal, il ne faut pas pour autant se sentir coupable de tirer parti de ce que l’on a construit, même si exceptionnellement, on en rajoute une légère couche par rapport à sa bienséance habituelle.

Parce qu’il faut le dire, lorsque les travailleurs sérieux, avenants, sociables et courtois ne saisissent pas leur chance, d’autres leur passent devant sans hésiter. C’est là l’aspect moins moral de la fable. Il existe hélas des gens très doués pour véritablement tirer les ficelles des sentiments humains sans avoir la même sincérité. Les faux débordés qui profitent de la compassion de leur voisinage de bureau pour leur refiler les trucs les plus chiants à faire, les malins, qui, anticipant le besoin, se mettent à pratiquer la flatterie plus d’une semaine avant le jour où il leur faudra défendre leur cause au détriment des autres, les champions du chantage affectifs, les rois de la fausse carotte dont ils ne remettront que les fanes (même pas en quantité suffisante pour faire une soupe), tous ces individus se servent du même arsenal d’outils, et parfois très habilement.

Certains d’entre vous, lisant mes quelques phrases, vont penser que j’exagère, que je surévalue le poids de la dimension interpersonnel dans le bon fonctionnement de l’activité. Ou qu’eux-mêmes ne sont pas dupes de ces trucs. Et pourtant, je ne pense pas surestimer la réalité en affirmant que, pour pratiquement chaque tâche, produit fabriqué ou mission menée, l’affect joue un rôle beaucoup plus déterminant que la dimension contractuelle de la répartition des travaux à effectuer. Ni qu’on se laisse tous prendre par la manière dont les autres nous valorisent et nous encouragent par là-même à leur donner la priorité quand il nous faut arbitrer sur le degré d’urgence de chaque besoin exprimé. Plus vite on accepte cette situation d’ailleurs, mieux l’on peut gérer les besoins qui nous sont exprimés par tous ces autres vaillants actifs, et soi-même se montrer à la fois authentique et malin envers ceux que nous rencontrons au quotidien dans notre métier.

Et le jour où vous sentez que tout bloque, affectez votre air le plus vulnérable, rehaussé par la profondeur apparente de vos cernes et obtenez que l’on vous ménage une pause… l’occasion de profiter de l’indéfectible affection que vous avez pour votre propre compagnie.

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