Réversible – les 7 doigts de la main

14 Mar

reversible

 

Les 7 doigts de la main, c’est un peu ma madeleine de proust circassienne. Après les avoir admirés en 2014 dans Séquence 8 et avoir découvert avec eux le cirque contemporain, j’étais déjà conquise. Du coup j’ai remis ça  en 2015 avec Cuisine & confessions puis en 2016 avec Traces. Entre temps, j’ai découvert d’autres troupes qui m’ont fait vibrer, comme Flip Fabrique, ou le cirque Eloize que je n’ai hélas pu voir qu’en vidéo ou la compagnie Finzi Pasca (tous étant plus ou moins passés à un moment de leur vie par les 7 doigts de la main d’ailleurs). Mais je suis toujours aussi contente de découvrir les 7 doigts de la main, qui nous gratifie, nous Parisiens, d’un nouveau spectacle par an, chaque fois donc avec une petite troupe de 6 à 8 personnes différente, les spectacles vivant donc chacun leur vie en tournée à l’image du cirque du soleil (mais en plus familial et convivial il faut bien le dire).

Cette année, 8 artistes, Maria del Mar Reyes Saez, Vincent Jutras, Jérémi Lévesque, Natasha Patterson, Hugo Ragetly, Émilie Siliau, Julien Silliau et Émi Vauthey, se produisent donc à paris  sur la scène du Bataclan. Et malgré mon enthousiasme, lorsque j’ai découvert que « Réversibles » aurait lieu dans cette salle-là, j’avoue que j’ai tout de même hésité. Parce que le sentiment d’horreur lié à ce qui s’y est produit le 13 novembre 2015 n’est pas réversible lui. Je crois qu’il restera toujours chez moi, comme sûrement chez la plupart des Parisiens, une cicatrice liée à cette funeste soirée. Et l’on a beau dire ce que l’on veut, que la vie doit triompher, que rouvrir ce lieu est une façon de ne pas céder, que l’art est l’une des meilleures armes contre la dictature, on ne fait pas mentir ses sentiments. Et malgré tous ces arguments, en entrant pour la première fois de ma vie, et en sachant l’horreur qui s’y est déroulée, je n’étais ni militante, ni fière ni rien du tout. J’avais de l’appréhension et je l’admets. Et sans regretter aucunement cette soirée magnifique avec cette troupe talentueuse qui méritait de braver sa peur, je ne suis pas certaine de retourner au bataclan. Je reconnais tout de même que cette salle est belle, et qu’elle a été reconstruite avec talent, et avec la sobriété qui s’imposait. Et que naturellement, la « fouille » y est faite avec beaucoup de vigilance mais par un personnel calme et agréable, ce qui n’est pas forcément le cas partout. Loin de moi donc l’envie de décourager quiconque de s’y rendre, simplement je ne souhaite pas cacher que l’on ne peut pas réellement faire abstraction du souvenir du 13 novembre.

Il est temps sur cette longue introduction d’en venir au spectacle lui-même. Dans un décor de maisons en bois atemporelles latino-américaines, les 7 doigts de la main nous emmènent sur les traces des souvenirs de leurs grands-parents, de leur jeunesse et de leurs doutes à eux, pas si différents des nôtres. Comme à leur habitude,  ils nous emmènent avec grâce et naturel dans leur univers fait d’acrobaties, de jongleries, de quelques exploits au mât chinois, de cerceaux, de sauts et d’encore quelques surprises. Des 4 spectacles que j’ai eu la chance de voir, j’ai eu le sentiment que celui-ci était le plus abouti techniquement, avec des enchaînements irréprochables, une synchronisation extraordinaire tant pour le déplacement des accessoires et des décors que pour la chorégraphies et des artistes que l’on sentait très proactifs dans le processus de création, et très matures dans leurs spécialités.

Réversibles a aussi cette particularité qu’il met vraiment en valeur chacune des 8 personnalités présentes, à travers des numéros duo et solo, mais aussi en leur permettant de révéler leur caractère ou celui des personnages qu’ils se sont construits. Et ces 8 jeunes osent aussi le pari de la sensualité, assumée avec brio et élégance. Il y a donc quelque chose d’envoûtant et magique dans ce spectacle, que la musique, qui est toujours composée avec autant de soin (ici par Colin Gagné et Sebastien Soldevila) accentue avec art.

Et là, je sens que derrière ces louanges plus que méritées, vous sentez venir le « mais » mal assumé.  Et en effet, il est là présent. Mal assumé parce que je n’ai pas le moindre tantième du dizième des capacités de cette troupe extraordinaire et que leur travail est réellement magnifique. Et pour autant que j’ai pu vibrer et applaudir et avoir les yeux qui pétillaient devant ces prouesses, je n’ai pas retrouvé ce petit quelque chose indescriptible qui avait créé ce coup de foudre renouvelé pour les 7 doigts de la main. Ce mélange de complicité avec le public et de non perfection assumée qui me donnait l’impression qu’ils étaient à la fois loin devant moi par le travail et le talent et la créativité, et très proches par leur façon d’être et de partager. En disant cela, j’ai conscience de chipoter, de faire mon caprice de spectatrice qui veut le beurre, l’argent du beurre et la crème fraîche en prime. Je trouvais simplement que cette dimension les plaçait vraiment à part dans le monde du cirque contemporain, et que c’est elle qui les rendait parfaits, cette aptitude à ne pas l’être. Mais mon impression est certainement réversible…. A confirmer en 2018.

Plus d’infos :

  • Réversible – les 7 doigts de la main, jusqu’au 1er avril 2017, du mardi au samedi à 20h30, le samedi matinée à 16h30 (à saint-Etienne les 29 et 30 juin et Ollioules les 7 et 8 juillet)
  • Bataclan, 50 boulevard Voltaire, 75011 Paris
  • http://7doigts.com/spectacles/creations/reversible

 

 

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