Petit essai de démystification de la vie de « chômeur profiteur »

15 Déc

Celles et ceux d’entre vous qui lisent régulièrement ces pages auront certainement noté qu’avec le chômage, premier « employeur » de France devançant l’artisanat, nos routes se sont hélas (trop) régulièrement croisées. Nous avons ainsi appris à nous connaître et à nous apprivoiser dans cette relation de circonstance déjà évoquée dont nous nous passerions volontiers (lui encore plus car il est évidemment très très occupé compte tenu du nombre d’adhérents de son organisation) mais que nous entendons maintenir cordiale, a fortiori en tenant compte du fait qu’il est fort probable que nous nous revoyions plus ou moins fréquemment jusqu’à ce que je puisse bénéficier du statut de « retraitée profiteuse » (si tant est que la retraite existe encore ce jour-là mais n’anticipons point trop avant).   

Au vu de tous les contacts que nous avons pu avoir, je ne crois pas m’avancer trop en disant que le chômage en a assez lui aussi, d’avoir cette image de statut réservé à des grosses feignasses se gavant de leur ARE (allocation de retour à l’emploi) dans des régions ensoleillées. Et qu’il est particulièrement agacé, tout comme les ouvriers dont l’usine ferme, les assistants voyant leur poste délocalisé en Roumanie, les oubliés des plans d’adaptation des postes au numérique et toutes les personnes licenciées pour motifs économiques ou pour délit de faciès, lorsque l’exécutif, les ministres et autres élus jamais passés par la case Pôle Emploi en rajoutent une couche sur leur incapacité à traverser la rue et le « confort » de rester chez soi à glander, comme s’ils ou elles vivaient dans une piscine de billets avec une chaîne de télévision ne diffusant que des contenus lobotomisants tournant en boucle sur leur home cinema.

Alors si l’on veut vraiment alimenter le cliché, il est certainement possible d’arriver à remplir une piscine pour bambin de billets de 5 euros, et même, si l’on est particulièrement doué, d’en faire une photo instagramable qui permettrait aux élus bénéficiant de la sécurité de l’emploi et d’une rémunération conséquente de continuer à ignorer à la fois que l’ARE n’est qu’un reversement différées des cotisations versées par les salariés en activité ET qu’elle oblige à revoir son niveau de vie à la baisse. Je pense ne toujours pas être trop présomptueuse en affirmant que le chômage constate que cette perte de revenu constitue une incitation beaucoup plus forte à se débarrasser de lui que tous les contrôles pouvant être mis en place, et cela d’autant plus que ledit revenu peut tomber à 0€ lorsque survient le moment refouté par toutes et tous de la fin de droits.

Mais le chômeur n’est pas seulement considéré comme un être vénal et outrageusement bien payé par rapport à son rendement, il est aussi vu comme un être en vacances perpétuelles, bénéficiant de tas de tarifs réduits et de gratuités lui permettant de passer des journées quasi-paradisiaques. L’on ne peut évidemment pas nier que la possibilité est donnée aux « demandeurs d’emploi » d’être des « bénéficiaires » de réduction dans les musées et d’autres institutions culturelles. Néanmoins, quand bien même certain.e.s utilisent ces avantages plutôt que de se lobotomiser le cerveau devant C8 et consorts, ils n’en sont pas pour autant à élire domicile au château de Versailles ou au musée du Louvre (sauf à profiter de leur visite pour tenter d’y obtenir un poste). Et en dehors de ces pauses culturelles, ils rêvent comme les actifs en poste de partir à la plage ou en montagne, mais à moins de vivre à proximité, ils restent sagement chez eux ou organisent des virées « dépôts de CV » pour les emplois qui s’y prêtent, ce qui ne ressemble que de très loin à un tour en décapotable le long des plages de Los Angeles.

A ces clichés sur l’opulence, la paresse et les vacances s’ajoutent ceux sur leur façon de chercher un poste, qui ne doit certainement pas être la bonne puisque cela ne fonctionne pas, et que tout de même, il y a des métiers en tension et des PME qui peinent à recruter, on le voit tous les jours dans les journaux bien informés, c’est donc fou qu’ils n’aient toujours pas retrouvé le chemin du travail. Et chacun.e y va naturellement de son petit conseil, les uns trouvant que leur ami.e envoie trop de CVs sans les personnaliser, les autres trouvant au contraire qu’à trop travailler chaque candidature, il ou elle n’en envoie pas assez. A côté de cela, certain.e.s estiment que seules les candidatures spontanées sont utiles, d’autres qu’elles ne servent à rien, certain.e.s incitent à tout miser sur la cooptation, d’autres sur sa capacité à convaincre l’employeur sans se faire « pistonner » parce que tout de même c’est un peu honteux. Au milieu de tous ces conseils parfaitement avisés et injonctions paradoxales venues du Pôle Nord, du Pôle Sud et du Pôle Emploi, il peut arriver que les demandeurs d’emploi s’embrouillent un peu. Mais globalement, ils essaient de recourir de façon réfléchie à l’ensemble des moyens à leur disposition pour faire arriver leur CV en haut de la pile, en évitant toutefois d’en arriver aux extrêmes du film « Le couperet ». Et s’ils écoutent vos avis, ils restent libres de les suivre ou non, même si vous êtes à 3000% persuadé.e d’avoir raison. Quant au fait qu’ils pourraient « se reconvertir » pour « coller aux besoins du marché », c’est ignorer à la fois l’investissement (en temps et en argent) souvent nécessaire pour se former à un nouveau métier, avec la quasi-garantie de se confronter à la méfiance de leur potentiel employeur, qui, quoi qu’il prêche, n’est que rarement prêt à embaucher quelqu’un qui n’a pas déjà fait.

Il existe bien entendu encore de nombreux poncifs sur les chômeurs et chômeuses et leur vie éloignée des tracas, des horaires, et des vicissitudes du management moderne, que je vous laisse libres de mentionner en commentaire sur le blog ou dans votre tête. Je tenais toutefois à en souligner un dernier, qui concerne la supposée trop forte exigence des captateurs d’allocations chômage. Parce que ces derniers ont en effet l’outrecuidance de souhaiter un poste respectant peu ou prou les conditions déjà faites de compromis correspondant à « l’offre raisonnable d’emploi » définie avec leur conseiller. A savoir généralement un poste correspondant à leur niveau de formation et à leur expérience, rémunéré au prix de marché et/ou à approximativement 90% de leur salaire antérieur a minima. Et qu’à cela, il arrivent qu’ils ou elles s’octroient le luxe de refuser de bosser pour une entreprise ou dans un service dirigé par ce que, dans un langage non châtié, l’on pourrait nommer d’odieux connards. Ce qui n’est pas entièrement sans rappeler… les conseils reçus par les célibataires / séparé.e.s / divorcé.e.s sur leurs demandes démesurées d’un.e conjoint.e affable avec une alchimie dans le couple.   

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