Les sœurs Tatin

16 Sep

En 2019, ne mesurant pas alors réellement à quel point la liberté de sortir était extraordinaire, a fortiori celle de sortir au théâtre, j’avais fait la découverte d’une version aussi surprenante qu’enthousiasmante d’Anna Karenine au Théâtre de la Contrescarpe. Une pièce presque prémonitoire qui présentait sous un jour nouveau cette femme confinée s’éprenant d’un – enfin ici d’une – autre que son époux légitime. Laetitia Gonzalbes, qui avait réussi le tour de force de faire ressortir la quintessence de l’œuvre en y mêlant du Maupassant et des poèmes de Jean Fournée, s’est cette fois fixé un défi aussi, voire encore plus fou : raconter l’histoire des deux sœurs Tatin en utilisant les mots des trois sœurs de Tchekhov.

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Lettre à notre sauveuse

5 Sep

Chère sauveuse,

Nous te connaissons depuis longtemps, mais nos relations, jusqu’en 2020, étaient occasionnelles. Nous avions coutume de nous voir quelquefois l’hiver, et de nous réconforter mutuellement des rigueurs du climat, sans chercher spécialement à nous fréquenter plus régulièrement. Nous vivions de cette entente cordiale qui nous convenait parfaitement, aimant à évoquer des sujets légers et presque exclusivement girly, parlant couleurs d’habillage, parfums et cocooning.

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Instant de gratitude

18 Août

Depuis le début de la pandémie, les débats enflammés succèdent aux polémiques bouillonnantes, le tout assaisonné d’altercations tumultueuses autour de ce qu’il faudrait ou ne faudrait pas faire pour la santé des uns et le bien-être des autres. Chacun et chacune y va de sa théorie, de son ressenti, et beaucoup se découvrent soudainement experts en épidémiologie et en santé publique, persuadé.e que les soignants ne savent pas ce qu’ils font et que les médecins émérites ne savent pas ce qu’ils disent.

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Mémoires d’un appartement

30 Juil

Il en avait vu passer des locataires, depuis 1974, date de son achèvement. Enfin de son achèvement, c’était beaucoup dire. Il n’avait plus grand-chose à voir avec ce qu’il était à l’origine, mis à part ses murs, et le vieux radiateur du salon. Enfin, maintenant on ne disait même plus salon mais pièce de vie. Il aimait pourtant bien ce terme tombé en désuétude pourtant, cela lui rappelait les salons littéraires des siècles passés, ceux dont il était question dans les romans qu’il avait abrités. Parce que certains des locataires adoraient lire, dans ce salon devenu pièce de vie, affalés pour les uns sur le canapé ou le sofa, là encore la désignation de ce meuble variait, pour les autres sur leur fauteuil club ou leur pouf géant à billes. Les troisièmes locataires, férus de meubles anciens, avaient un crapaud et une bergère dont il se souvenait avec émotion, ainsi qu’un lit à baldaquins trouvé aux Puces et qu’ils avaient remis à neuf. Ils avaient d’ailleurs fortement contribué à accroître sa culture de la littérature du XVIIIème et XIXème siècle. Il se souvenait avoir avidement dévoré leurs ouvrages, en lisant « par-dessus leur épaule » comme disait l’expression consacrée, maudissant toutefois régulièrement la lampe où le voilage du lit qui obstruait la vue qu’il avait depuis ses murs ou ses plafonds.

Enfin, désormais, après avoir succombé à la vogue des anglicismes, le salon devenu living-room s’était mué en « pièce de vie ». L’on avait pour réussir cette énième agencement abattu un mur qui n’était heureusement pas porteur pour créer une étrange colocation entre le salon et la vieille cuisine qui ressemblait désormais à l’une de ces vieilles femmes ayant passé trop de temps sur un transat sur les plages du sud pour tromper leur ennui et dont la peau, enfin ici la peinture et les placards – se trouve irrémédiablement fripée au nom du sacro-saint bronzage à exhiber devant les amies moins chanceuses restées dans leur Nord natal l’été. Toujours est-il que son propriétaire était décédé au début des années 2000 et que les enfants avaient décidé de le garder, lui, « l’investissement locatif » apparemment juteux, mais en le mettant au goût du jour et donc en créant cette pièce de vie. La cohabitation entre ces deux-là n’avait pas été évidente. Chacun tenait à son intimité et le salon se plaignait régulièrement des odeurs de brûlé et de poubelles, de l’eau et de la farine renversés sur le sol et du ronronnement du réfrigérateur tandis que la cuisine supportait mal le bruit de la télévision, la lumière souvent allumée jusque tard dans la nuit, et les copains et copines des locataires qui débarquaient en permanence et refaisaient le monde sans discontinuer. Sans compter le fait que l’un comme l’autre avait perdu l’intimité que leur procurait ce mur, ainsi que les meubles qui s’y adossaient. Mais après quelque temps, un bar avait été installé, rendant à chacun une délimitation et les aidant à mieux communiquer et à mieux se retrouver eux-mêmes.

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Electro Street – 24h avec la street

29 Juil

Parfois, le hasard vous emmène sur la voie du coup de foudre (artistique, entendons-nous bien) sans vous prévenir. J’ai eu cette immense chance en découvrant Electro Street au Cabaret Sauvage sans vraiment savoir à quoi m’attendre. J’avais en effet prévu de voir Costard, et puis, voyant qu’un autre spectacle précédait, la néo-maman que je suis, avec un nombre limité de soirées disponibles, a choisi que, tant qu’à traverser Paris, autant en profiter pleinement. Et je suis vraiment ravie de l’avoir fait tant ces 24h avec la street ont illuminé ma journée voire ma semaine.  

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Costard

29 Juil

Alors que le télétravail a permis aux employés de bureau, cadre et dirigeants, de relâcher les codes vestimentaires, parfois de manière drastique comme ont pu le faire apparaître certaines vidéos prises sur le vif de managers en boxer ou en pyjama, les artistes de la Compagnie Ruée des Arts viennent en plein été nous rappeler l’existence du célèbre costard. Créé en 2015 par Hafid Sour, fondateur de la compagnie, ce spectacle fait se rencontrer 2 univers très éloignés mais ayant chacun des codes bien spécifiques, celui de la danse urbaine et celui de « l’uniforme de travail ».  

Initialement cachés sous des combinaisons intégrales, les six danseurs nous invitent à assister à leur habillage progressif. Avec beaucoup d’humour, ils nous immergent dans un monde qui se prend au sérieux en nous invitant à le regarder avec un œil caustique et éclairé. S’il existe bien évidemment une note d’intention comme souvent s’agissant de la danse (ou du théâtre contemporain), chaque spectateur et chaque spectatrice peuvent s’approprier cette performance avec son histoire, sa vision des deux univers évoqués, et surtout sa sensibilité. Pour ma part, j’ai beaucoup ri en entendant les « nouvelles du monde » sélectionnées, j’ai été sensible au questionnement autour du mimétisme et du moule où il convient de rentrer, mais encore une fois, la réception est souvent particulièrement personnelle face à cet art atypique qu’est la danse.

La force de Costard, au-delà de la cohésion et du talent, c’est son mélange de poésie et de légèreté dans cette forme inattendue de rencontre entre le hip hop et l’entreprise. On se laisse entraîner par la bagarre entre concurrents, on éprouve de la compassion pour celui qui a oublié « l’accessoire » qui donne son relief au costume, on apprécie de voir les individualités s’affirmer, celles des managers en costume tout autant que celles des danseurs de la compagnie… Durant une petite heure hélas trop courte, les émotions se succèdent au gré de la musique et des chorégraphies parfaitement maîtrisées. Et l’on ne peut que regretter qu’il n’y ait pas de scènes supplémentaires sur le choix des chaussettes ou des lacets pour prolonger le plaisir de ce spectacle tout en élégance, à l’image de l’habit qui, quoi qu’on en dise, fait toujours un peu le moine.

Plus d’infos :

Stan dans Et si les œuvres d’art pouvaient parler ?

27 Juil

J’ai découvert Stan par le jeu du hasard dans son précédent seul en scène, déjà placé sous le signe de l’art puisque le titre en était « Quelque chose en nous de Vinci », où l’on découvrait avec délectation une galerie de personnages et de situations, de la professeure de théâtre à la vendeuse en passant par la Joconde. Cette fois, l’on retrouve l’incontournable Mona Lisa, mais pour l’entourer, seules les autres œuvres entrent désormais en scène. Avec une plume précédemment très ciselée, qui évolue pour passer à bien trempée, avec toujours comme marque de fabrique de l’artiste (de son « vrai » nom Christophe Carotenuto) de jouer sur les mots et souvent aussi sur les rimes.

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amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

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Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

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Étale Ta Culture !

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