De la force et des doutes – ou inversement

24 Mar

il_570xN_223477963

Il est des périodes bénies où la vie va comme sur des roulettes (nonobstant le relatif non sens de cette expression pour tous ceux qui comme moi sont aussi à l’aise sur des rollers que ne le serait un ours sur des skis nautiques, enfin vous aurez saisi l’idée) et puis des périodes où elle réserve son lot de surprises un peu moins agréables. Ce n’est pas que tout parte en sucette (là encore, vous remarquerez le non sens de cette expression se voulant négative alors même que la plupart des gens raffolent des chupa chups, et encore nous n’avons pas parlé d’Annie, bref, je m’égare), mais bon, humeur et moral ont tendance à suivre le même mouvement que la courbe que vous faisiez varier sur l’oscilloscope cathodique dans le labo de physique-chime lorsque vous étiez au collège (expérience que ne connaissent plus désormais nos chères têtes blondes – ou brunes ou rousses ou châtain – puisque les sabres laser et les i-pad ont sans doute remplacé les becs bunsen et lesdits oscilloscopes).

Ces périodes de remise en question viennent le plus souvent sans crier gare (encore une expression désuète et ridicule, autant on entend souvent crier dans les wagons, autant les chefs de gare ont cessé de crier il y a bien longtemps, de toutes façons, la plupart des gares sont très peu voire plus desservies). Et en général en série. Il suffit d’un petit rouage qui commence à moins bien fonctionner pour que d’une interrogation liée à un incident ponctuel vienne une deuxième question, puis une troisième, puis toute une série. Et le doute dans une domaine ayant tendance à fragiliser dans les autres, c’est bientôt l’ensemble de votre vie, qui toujours sans prévenir (cous remarquerez l’impolitesse intrinsèque du doute), va se trouver mise en cause.

Cette période d’intense activité cérébrale interrogative apparaît souvent comme une plaie, pour ne pas employer des mots plus fort encore. Parce que l’équilibre parfois précaire mais bien réel des convictions de peu avant était tout de même bien plus confortable que ce sentiment d’avoir laissé l’extérieur prendre le pas sur nos désirs profonds. Soudain, d’un coup d’un seul, les petites voix (non, je ne me prends pas pour Jeanne-d’Arc pas plus que vous ne devez l’être) que nous avions fait taire parce qu’elles nous paraissaient dissonnantes ou atrocement aigues ou rauques ou toute autre tare vocale, se font entendre en un énorme hiatus polyphonique. Bref, la crise de doute est là et bien là et il est plus difficile de l’ignorer que le réveil après avoir appuyé 5 fois sur la fonction snooze.

Dans ces périodes où les interrogations nous assaillent, on peut avoir l’impression de glisser lentement mais sûrement vers le fond d’un ravin inhospitalier. Mais la plupart du temps, alors que l’on se sent sombrer, on est en train sans même s’en rendre compte de se préparer à rebondir. Ne croyez pas que je veuille nier l’intense sentiment de malaise, les cris, les pleurs et les grincements de dents qui s’ensuivent lorsque l’on a l’impression que l’on s’est totalement égaré depuis des semaines, des mois ou même des années. Oui, c’est difficile, ça fait mal, et ça fait d’autant plus mal que la plupart du temps, c’est quelqu’un d’important pour nous qui a gratté l’allumette et l’a jetée dans la cheminée où se concentrent nos pensées. C’est d’ailleurs pour cela que l’on s’enflamme, avec un autre individu il est probable qu’une goutte de salive aurait suffi à empêcher le feu de prendre. Mais là, la surprise combinée à une forme de dépendance font que l’on regarde les bûches se transformer en cendres avec un sentiment de totale impuissance. Cette phase est plus ou moins inévitable. Mais il n’est pas bon de s’y enliser. C’est là que notre force intervient. Parce que nous n’avons pas voulu cette destruction, et surtout parce que maintenant qu’il n’y a plus que des cendres de ces morceaux de vois que nous avions coupé, portés et bien disposés, il y a de l’espace vide. Vide et empli de cendres.

De là, on a le choix de rester totalement interdit devant la scène, incapable d’une décision, ou de réagir. Mais pas seul. Ce que l’on tenait pour acquis n’est plus, et nous n’en avons pas décidé par nous même. Donc ceux qui ont pris une allumette ont la responsabilité de balayer et de jeter ou de ranger dans une urne, c’est selon votre niveau de mysticisme et d’attachement aux reliques de ce qui a brûlé. Il est important de ne pas oublier que vous ne vous situez pas face à un cas de combustion spontanée de vos façons d’être et de vos idées d’avant. Savoir pointer cela du doigt, c’est déjà arrêter de douter.

Cela étant, le ménage fait, il restera quelques traces de suie mais surtout un grand vide. Comme un vertige. Mais aussi une promesse. Comme la toile blanche d’un peintre, l’inspiration créatrice en moins. Le défi est d’envergure parce qu’il est évident que vous ne pourrez pas reproduire à l’identique ce qui était avant. Pas seulement à cause des traces de suie qui restent, mais parce que repartir strictement à l’identique vous ramènerait inévitablement à l’image gravée dans votre mémoire du départ du feu. Et en même temps, il y a des choses auxquelles vous teniez vraiment, et sans lesquelles vous ne vous voyez pas vivre. Celles-là, même si elles ont disparu temporairement, vous êtes en mesure et dans le devoir de les retrouver. Vous avez d’ailleurs peut-être eu le réflexe d’en sauver certaines des flammes, et vous allez vous employer à leur redonner leur éclat. Le reste est à construire. Mais pas seul. Jamais seul. Parce que l’épreuve a aussi ceci de bon qu’elle permet de réaliser que des gens sont là et qu’ils peuvent nous aider à la traverser. Certains viendront spontanément avec un jerrican d’eau , une couverture ou la lance à incendie. D’autres attendront que vous les sollicitiez mais seront ravis que vous l’ayez fait et de pouvoir vous assister. Quelle que soit la difficulté de les laisser vous appuyer, leur présence est aussi votre force. Seul, on peut rarement faire beaucoup. A plusieurs et avec du soutien, il peut se produire des choses étonnantes. D’un caractère tout aussi fulgurant que ce qui il y a quelque temps semblait vous précipiter vers la chute.

La vie est simplement ça, une succession d’évènements imprévisibles qui tantôt vous blessent, tantôt vous élèvent, tantôt vous font tout remettre en cause, tantôt vous fortifient. Il n’est rien d’immuable sauf la volonté d’une vie toujours plus belle, alors gardez cette flamme et sachez passer outre celles qui s’éteindront. Et il est maintenant temps d’éteindre les veilleuses pour laisser place à l’onirisme.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

rienaredire

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

#EtaleTaCulture – La Culture Générale pour briller en société

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

%d blogueurs aiment cette page :