Les vrais faux couples

28 Avr

Il y a quelque temps déjà, je vous parlais de mon envie d’être aimée d’un homme, et de l’aimer aussi, enfin en gros de vivre une romance à la Disney, les histoires de partage des tâches ménagères en plus, les robes de meringue en moins. Rassurez-vous (ou pas), c’est une envie qui perdure, je ne crois pas à la félicité dans le célibat éternel. Je dis toujours oui au couple. Mais pas à n’importe quel prix, et c’est l’objet de mon article du jour.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais il m’arrive souvent en effet, lorsque je vois deux personnes ensemble, de me demander ce qui peut bien les réunir. Parfois, je me dis que peut-être, ce qu’elles véhiculent à l’extérieur n’est qu’une facette parmi d’autres, ou que j’assiste juste à une scène de leur vie, que peut-être que l’un des deux est dans un mauvais jour, ou les deux, allez savoir. Être à deux, c’est un défi de chaque journée, bien évidemment, et il est logique d’avoir ses jours sans, ou même des périodes un peu sous tension. Mais tout de même, il est des duos dont l’apparence a de quoi intriguer.

Pas plus tard qu’hier, dans la salle d’attente du dentiste, j’en ai eu l’illustration. Avec un couple de vieux. Oh, pardon, j’ai dû choquer quelques défenseurs du politiquement correct, je reprends donc : avec un couple d’âge mûr (vraiment mûr, dont on peut dire qu’il frisait le blet). Donc je vous refais la scène : monsieur et madame arrivent dans la salle d’attente et s’assoient chacun à un bout de la pièce, ce qui déjà en soi est étrange. Là-dessus, chacun commence à feuilleter, lui son journal, elle les magazines mis à disposition, avant que « la scène » ne commence. Donc madame se met à parler (très fort, puisque son conjoint est à l’autre bout de la pièce et sans doute pas affublé de l’ouïe d’un jeune homme de 20 ans) de coiffeur. Monsieur réagit mollement puis fait semblant de ne pas entendre (le quidam que je suis se rendant compte d’une mauvaise foi ostensible plutôt que de l’oubli de son sonotone). Elle se répète, lui grogne toujours en l’ignorant, puis annone 2 mots. Elle reprend, arguant on ne sait pourquoi qu’elle ne peut pas y aller lundi, qu’elle ira le 29. Elle lui demande c’est quand le 29. Lui fait semblant de réfléchir, dit que c’est mercredi. Avant de réaliser que le 29 c’est mardi. Donc palabres interminables sur le 29 et sur mardi, madame s’enfonçant dans un délire sur le 29, mardi, le 30 et ses cheveux, monsieur ignorant totalement sa femme, et les quidams ayant envie de fuir loin, très loin, et se disant même qu’au final, ils seront plus à l’aise une fois sur le siège du dentiste. Visiblement en tout cas, ces deux vieux (pardon, ces deux personnes âgées) ne respiraient pas l’amour.

Encore une fois, tout cela était peut-être juste passager, ou lié à la pleine lune. Mais ça pose question. Parce que des épisodes comme cela, nous en avons tous vu. Ou vécu. Ou peut-être certains d’entre vous vivent-ils cela aujourd’hui au quotidien. Ce sentiment qu’il y a deux personnes qui partagent un toit pour des raisons difficiles à expliquer. Mais pas par amour ou par volonté de grandir ensemble. Que ces deux personnes soient jeunes ou beaucoup plus âgées. Je ne souhaite pas jeter la pierre en écrivant ces lignes. Il peut y avoir mille raisons qui aboutissent à cela : le besoin de se rassurer d’une présence, le désamour, l’incapacité de l’un ou de l’autre à aimer aussi, l’absence de discernement au départ qui donne lieu à l’habitude puis au manque de force pour se quitter, la peur de vieillir seul, la dépendance financière… Mais c’est un fait : il existe beaucoup de gens qui vivent en duo. Pas en couple. Qui puisent parfois égoïstement dans ce que l’autre leur donne sans donner en retour. Ou qui de l’autre côté donnent en pensant avec obstination qu’un jour l’autre le leur rendra. Ou qui cohabitent simplement, parce que c’est plus simple comme ça, qu’un colocataire vaut mieux que rien. Ou qui tiennent au statut de conjoint, parce que socialement ça fait bien. Ou qui simplement ne savent pas vivre seuls, ou se disent qu’ils ne sauront pas.

Là encore, lorsqu’il s’agit d’apporter une réponse à ses besoins affectifs, j’ai conscience que ce n’est pas simple. Que l’on soit encore jeune, ou que l’on sente la maturité venir. Mais je me demande souvent comment font toutes ces personnes qui passent d’une relation à l’autre, sans prendre le temps de se poser, d’apprendre à vivre avec elles-mêmes pour ensuite savoir vivre à deux. J’ai des amis comme cela, qui passent de bras en bras, pouvant rester longtemps dans certains d’entre eux, simplement parce qu’il y a eu une attirance au départ, mais en ne croyant jamais à l’histoire qu’ils vivent. Et à chaque rupture, la même rengaine : « j’en ai tiré des enseignements, je ne me ferai plus avoir, je sais mieux ce que je veux, et bla bla bla », avant de re-sombrer dans les trois mois dans une autre histoire qui ne les comble pas plus. Je suis sûr que vous en connaissez aussi. Ou peut-être que vous êtes de ceux-là.

En effet, c’est difficile parfois de résister à une promesse, une attraction, un faux-semblant, ou simplement un moyen de combler une solitude qui pèse lourdement. Qui n’a jamais cédé à ses dépens aux appels de cette sirène ou de cet éphèbe à l’apparence si tentante en plein milieu d’un hiver qui n’en finissait pas ou à la faveur d’une belle nuit d’été en pleines vacances ? Mais céder ne veut pas obligatoirement dire sombrer, en faire un mode de vie ou se laisser enfermer dans le schéma de la dépendance au fait d’avoir « quelqu’un dans sa vie ».

Parce que cette dépendance peut coûter cher, dans tous les sens du terme. On peut passer des années, voire même sa vie entière aux côtés d’une personne qu’on a laissé s’y installer pour de mauvaises raisons. Et on ne rattrape pas des années. Encore moins une vie entière. Parfois, c’est vrai qu’en se brûlant les ailes, on prend conscience qu’on est fait de cire, et on apprend à avancer grâce à cela, et alors on peut rencontrer une personne qui nous correspond (et réciproquement). Mais parfois aussi, on pense innocemment qu’un jour, la cire ne fondra plus au contact du feu et on s’enferre continuellement dans le même schéma. Or, c’est faux, pour l’instant, aucun laboratoire de R&D n’a encore réussi à développer la formule pour fabriquer des bougies qui ne fondent pas.

Alors, bien sûr, on peut continuer à vivoter avec un autre, ou à jouer les éternels recommencements. On peut aussi faire un autre choix : celui du vrai couple. Deux personnes différentes et complémentaires qui savent apprécier l’autre, qui ont conscience de ses qualités et de ses défauts et qui savent que de cette somme de belles choses et d’imperfections, elles vont pouvoir construire un bel édifice. Sans enfermer l’autre, sans s’enfermer soi-même non plus, mais au contraire en se poussant mutuellement à donner le meilleur de chacun. Des couples comme cela, je suis sûr que vous en avez vu aussi. Notamment de ces conjoints d’un âge presque canonique que l’on croise parfois, assis sur un banc, main dans la main, et qui rayonnent d’une force qui vous met la larme à l’œil, en vous disant que vous aussi, vous voulez être comme ça un jour, être un vieux (pardon, un homme ou une femme âgé(e)) qui sourit à son partenaire de vie, toujours amoureux(se), avec autour de vous ce halo témoignant de la beauté d’une relation fructueuse.

J’ai une bonne nouvelle : vous le pouvez si vous le voulez. Alors sachez le vouloir, vous le valez bien !!

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6 Réponses to “Les vrais faux couples”

  1. Max 29 janvier 2014 à 15:07 #

    Je reste perplexe sur ton texte, et surtout sa conclusion. S’il n’y a pas une rencontre, on peut vouloir tout ce qu’on veut, on se retrouve tôt ou tard dans le cas de tes faux vrais couples.
    Et quant bien même il y aurait une rencontre, il faut les circonstances adéquates, pour pouvoir construire le bel édifice dont tu parles. Et la volonté aussi, bien sûr.
    Mais finalement, n’est-ce pas la félicité dans le couple qui est un leurre ?

    • plumechocolat 29 janvier 2014 à 15:25 #

      Le couple n’est pas un lieu de félicité perpétuelle et sans aucune difficulté, loin de moi cette idée. Pour le reste, être en couple n’est pas une obligation, si l’on ne recherche qu’un palliatif à la solitude, on se prive de l’essentiel de ce qui fait un couple aimant, en tout cas selon moi. Je précise que je ne me permets pas de juger ce besoin d’avoir d’une présence réconfortante, je crois que tous autant que nous sommes, nous l’avons déjà ressenti. Le reste est une question d’arbitrage entre ce besoin et notre volonté de n’y céder que lorsque l’on sent un réel potentiel pour construire le dit édifice. Je ne nie pas que ce soit un choix difficile.

  2. MarieGuillaume 8 mai 2013 à 16:51 #

    À lire deux petits ouvrages assez pertinents : « sur le Bonheur … » Et « sur l Amour… » de Pierre Teilhard de Chardin. Sa pensée mérite d’y plonger un peu son cœur…

    • plumechocolat 10 mai 2013 à 22:10 #

      Très certainement…Je n’ai pas la même ambition avec cet article que de dire ce qu’est le bonheur ou l’amour. Mais s’enfermer dans un mauvais schéma, ce n’est certainement pas le moyen le plus sûr de s’en approcher

  3. Vieil imbécile 30 avril 2013 à 14:40 #

    Le don… chacun donne inconditionnellement à l’autre. Chacun reçoit sans l’exiger. « Je me donne à toi, pour t’aimer fidèlement, tout au long de notre vie ». L’amour-sentiment précède certes le don, mais l’amour-tout-court est suite du don de soi. Chacun sait qu’il peut chuter, l’amour de l’autre – inconditionnel – subsistera après la chute. La conscience de notre faiblesse, la conscience de la faiblesse de l’autre donne une formidable assurance à l’assemblage.
    « Le schéma de la dépendance ». Oui, l’autre n’est pas comblement de ma solitude, l’autre est avant tout… lui. Je ne le rencontre pas pour vaincre ma solitude, mais pour me donner à lui. Il se trouve que ce double don comblera au mieux notre solitude, même si celle-ci ne peut être réellement, parfaitement et définitivement comblée qu’en Dieu (ça c’est mon côté catho, fallait bien qu’il ressorte explicitement :)).
    « Vous le pouvez, si vous le voulez ». Oui, l’amour est le fruit de notre volonté. De notre volonté quotidienne de nous donner, de notre volonté imparfaite et fragile, mais néanmoins libre et tenace.

    • plumechocolat 2 mai 2013 à 10:57 #

      Comme tu le dis toi-même, tu es dans une référence très forte à l’enseignement du catholicisme et à son absolutisme. Je ne suis pas cependant persuadé de ce caractère inconditionnel. Dans une chute, on peut entraîner l’autre avec soi ou le faire fuir, malgré toute la sincérité des promesses formulées. C’est aussi cela l’équilibre, savoir préserver l’autre dans ses moments de faiblesse.
      Quant à l’amour authentique, c’est un vaste sujet, j’en traiterai peut-être un jour, mon propos était plutôt de m’interroger sur ce qui amène à ce compromis qui fait vivre des relations longues avec un autre que l’on n’aime pas et que l’on n’a pas le désir d’aimer, ou d’accepter que l’autre que nous aimons ne nous aime pas et n’en ait pas le désir.
      Je suis tout à fait d’accord avec la conclusion sur la volonté. Merci pour la réaction en tout cas.

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